Abeilles sauvages, abeilles domestiques : quelle cohabitation en ville ?

Le 16.01.2017
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Apis mellifera © Antje | Flickr

En plein cœur de l'hiver, rien ne vaut de se remémorer le son des insectes butineurs sur les fleurs épanouies de l'été. Chaleur et douceur printanière reviennent à l'esprit.

Des fleurs, des pollinisateurs et des chercheurs

Un bon moment pour vous parler d'une étude réalisée par Lise Ropars, étudiante en thèse à l'Université Aix Marseille ayant travaillé avec Isabelle Dajoz, professeur à Paris 7, Benoît Geslin maître de conférence à Aix Marseille et Colin Fontaine, responsable scientifique de notre Suivi photographique des insectes pollinisateurs (Spipoll) au Muséum national d'Histoire naturelle.

Des fleurs, des pollinisateurs et des ruches

Comme les participants au Spipoll, Lise a passé beaucoup de temps à observer les pollinisateurs sur les fleurs. Sa question ? Comprendre si la multiplication des ruchers d'abeilles domestiques sur un territoire restreint, comme Paris, influence le nombre de visites des insectes pollinisateurs libres et sauvages sur les corolles.

 

Ruches au Jardin du Luxembourg à Paris © Melina1965 | Flickr

La ville, havre de paix pour « les sentinelles de l'environnement » ?

Parce qu'en ville, c'est bien connu : les fleurs sont présentes toute l'année, les pesticides sont en plus faible quantité et les températures sont plus clémentes. , elles trouvent gîte et couvert. , elles permettent une plus grande production de miel par rapport aux milieux agricoles intensifs : 20 à 30 kilogrammes par an. A Paris, plus de 400 ruches ont ainsi été introduites durant les dix dernières années. En 2015, il en a été recensé 700.

Les sauvages en ville

Cependant, les espèces d'abeilles sauvages sont aussi présentes dans les milieux urbains même si ces derniers filtrent leur nombre (lire un nouveau résultat des spipolliens : les villes filtrent les insectes pollinisateurs). Dans le Grand Lyon, on en compte 291 espèces, et 67 dans Paris dont 16 espèces de syrphidés (lire aussi la mouche qui voulait être une star). Mais avec les travaux de Lise, la liste d’espèces risque de s’allonger

Bombus © SylvestreII | participant Spipoll

Comptage à l'oeil

C'est donc autour de huit lieux parisiens des ruchers sont implantés, que Lise a comptabilisé pendant trois années de suite à la même époque toutes les abeilles domestiques, les abeilles solitaires, les bourdons, les coléoptères, les papillons, les diptères et les syrphes venant butiner sur 2 m² de massifs floraux situés à différentes distances des ruches.

Plus de ruches, moins de pollinisateurs sauvages

Son résultat ? Plus les massifs floraux sont situés près des ruches, moins les insectes sauvages sont nombreux à venir butiner les fleurs. Notamment les bourdons et dans une moindre mesure, les papillons et les coléoptères.

L'effet du nombre

Ainsi les ruches semblent-elles avoir un impact sur les relations qu'entretiennent les plantes et leurs pollinisateurs en ville. La cause la plus directe serait la compétition entre espèces. « Les colonies d'abeilles domestiques comptent en moyenne 50 000 individus » m'a expliqué Lise « alors que les pollinisateurs sauvages sont généralement solitaires ou forment de petites colonies de quelques dizaines d'individus voire quelques centaines. C'est le cas des bourdons par exemple. »

© Thierry Baertschiger | Flickr

Plus de ruches pour autant de nourriture

Or, en augmentant le nombre de ruches, on densifie la quantité en insectes pollinisateurs pour une ressource florale constante : cela augmente le nombre de bouches à nourrir pour une même quantité de nourriture.

La suite

Quelle peuvent être les conséquences d'une telle compétition sur les autres espèces de pollinisateurs ? C'est toute la question. Lise va continuer ses recherches à Marseille. « Il est probable qu'il existe une quantité de ressources seuil. Lorsqu'il y a moins de nourriture, les colonies se développent moins. Même dans les ruches. D'ailleurs, il semble qu'à Paris, la production de miel tend à diminuer. Les abeilles domestiques commencent à être en compétition pour les ressources. »

Apis mellifera © Margaret Holland | Flickr

Apis mellifera dans le Spipoll

Par curiosité, j'ai demandé à Grégoire Loïs, directeur de Vigie-Nature, de m'indiquer quelle est la part des abeilles domestiques comptabilisées en ville par rapport à la campagne par le suivi photographique des insectes pollinisateurs. Eh bien, les abeilles domestiques sont en effet plus présentes en ville. Merci aux participants !

 

 Allez pour finir, je vous fais découvrir Be, une œuvre musicale réalisée avec 40 000 abeilles !

________________________________________________________________________________

Lisa Garnier, le lundi 16 janvier 2017

Contact : lisa.garnier@mnhn.fr

--> Vous trouverez , le poster de présentation des résultats de Lise Ropars présenté lors du colloque SFE à Marseille au mois d'octobre  elle a reçu le prix du meilleur poster.

--> Concernant les risques environnementaux des pesticides néonicotinoïdes, une synthèse des études scientifiques publiées depuis 2013 vient d'être dévoilée par l'association Greenpeace. C'est à lire .

--> Un guide des solutions pour une commune sans pesticides a été édité par le Ministère de l'écologie. A télécharger ici.

!! ANNONCE !!

La prochaine Formation de l'Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB) aura lieu les mardi 7 et mercredi 8 février à Moulins-sur-Allier. Lire ici

MERCI !

à Antje pour sa photographie d'ouverture !