Alouette, où es-tu ? Le renouveau du Suivi Hivernal des Oiseaux

Le 10.11.2014
Par: 
Lisa Garnier
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Alouette des champs à Paris sur une pelouse au Muséum national d'Histoire naturelle © Frédéric Jiguet | MNHN

« L'hiver, c'est une période clé pour les oiseaux. C'est très important de suivre leurs populations à cette période de l'année » Sébastien Blache, de la Ligue pour la protection des oiseaux de la région Rhônes-Alpes et agriculteur de son état est venu rendre visite à l'équipe de Vigie-Nature afin de donner un coup de jeune au Suivi Hivernal des Oiseaux des champs, le SHOC, qui devient le Suivi Hivernal des Oiseaux Communs.

Des oiseaux des champs avec des effectifs en baisse

Initiateur de l'observatoire, il y a quelques années, Sébastien tente à sa manière de marier protection de la biodiversité et agriculture biologique dans la région de Valence. « Je suis passionné par les alouettes des champs » m-a-t-il confié. Or justement les populations d'alouettes ne se portent pas très bien en France. Comme pour beaucoup d'oiseaux des champs, leur nombre diminue régulièrement. En France, l'alouette des champs a vu ses populations nicheuses diminuer de -17 % depuis 2001 (données du STOC) et ses populations hivernantes de – 31 % (données de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, ici).  

Impossibilité de nicher

Pour expliquer le déclin des oiseaux agricoles, on a d'abord surtout pensé à l’homogénéisation du paysage à la baisse du nombre d’exploitations et à leur spécialisation. La diversité des cultures a diminué, et avec elle, celle des plantes sauvages. Or, celles-ci avec leurs graines constituent la base de l'alimentation de certains oiseaux et de la faune sauvage en général. Sans compter les insectes, mais qui, en hiver, sont moins présents.

Vanneau huppé © Martin Mecnarowski | Wikimedia Commons

Moins de graines en hiver

Mais revenons aux graines. On s'est rendu compte qu'il y en avait de moins en moins pour que les oiseaux puissent se nourrir dans les champs en hiver. Probablement en raison de l'utilisation d'herbicides et aussi de la diminution des chaumes de céréales. « Le travail de Thibaut Powolny, au Centre d'Etudes Biologiques de Chizé est extrêmement intéressant » m'a indiqué Sébastien. « Ce doctorant a montré que le domaine vital des alouettes se réduit à quelques dizaines d'hectares en hiver »(La thèse est ici).

Les plantes sauvages des cultures sont un garde manger pour les oiseaux

A raison d'une consommation de l'ordre de 6 g. de graines par jour et par oiseau, il faudrait 9 tonnes de graines de plantes compagnes des cultures pour assurer la subsistance d ́une population hivernante d'alouettes ! « C'est énorme. Tout ne se joue donc pas au printemps ! » s'est exclamé Sébastien. Thibaut a également montré que les couverts denses et dépassant 30 cm semble augmenter la perception du risque de prédation chez l’alouette des champs, qui au lieu de se nourrir passerait plus de temps à être vigilante. Un comportement non optimal en hiver alors que la durée du jour est plus court et que les dépenses énergétiques sont aussi plus importantes pour les oiseaux.

Le SHOC pour suivre ce qu'il se passe partout en France dans les champs

Le SHOC, c'est donc l'opportunité pour les ornithologues avertis de suivre toutes les espèces d'oiseaux en hiver. Avertis, parce que comme le STOC – son cousin printanier – il est nécessaire de savoir reconnaître les oiseaux à l’œil et à l'oreille. Frédéric Jiguet, professeur au Muséum a avec Sébastien conçu un protocole qu'il faudra suivre avec la même exigence que le STOC (à découvrir ici). L'animation sera réalisée par Camila Andrade de Vigie-Nature.

Pipit farlouse © Frédéric Jiguet | MNHN

Un nouvel indicateur

Grâce aux bénévoles et à leurs données, les scientifiques pourront alors proposer des indicateurs comme c’est le cas avec les oiseaux nicheurs. Ce programme permettra de combler une lacune importante et de compléter les résultats produit par le STOC en améliorant nos connaissances sur les populations d’oiseaux en période hivernale, tout en sachant qu’il ne s’agit pas des mêmes populations et que les espèces n’ont pas le même comportement, ni les même besoins qu’en période de reproduction. On aura donc peut-être des surprises !

Cela permettra également de confirmer les tendances observées et d’appuyer les travaux sur l’impact des changements globaux (dont les modifications du paysage agricole) sur les oiseaux.... et l'alouette des champs !

Savez-vous que plus du quart des articles scientifiques qui étudient les oiseaux migrateurs et le changement climatique sont basés sur l'engagement des bénévoles ? Ca donne des idées, non  ?

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Lisa Garnier, le lundi 10 novembre 2014

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