Apprendre à regarder la nature

Le 02.09.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
La petite ceinture à la poterne des peupliers (13e arr.)©Anne Dozières | MNHN

Cette semaine, j'ai décidé de vous parler des travaux d'Anne Dozières, officiant au sein de l’équipe Vigie-Nature au Muséum national d'Histoire naturelle. Son terrain ? La petite ceinture de Paris. Son objectif ? Mettre en place un observatoire de suivi d'espèces sauvages en lien avec les pratiques des gestionnaires des espaces verts. Sa première réussite ? Amorcer la curiosité de futurs jardiniers pour la vie sauvage.

Des personnes en réinsertion au cœur du projet

Alors que la Ville de Paris et Réseau Ferré de France, propriétaire de la petite ceinture, ont lancé une grande concertation sur le devenir de cet espace quasi abandonné depuis 1993, Anne y examine la vie sauvage à sa manière. Grâce à sa collaboration avec les quatre associations d’insertion (Espaces, Etudes et Chantiers, Halage, Interface Formation) chargées par Réseau Ferré de France d'y maintenir la propreté et la sécurité par une gestion écologique favorable à la biodiversité, Anne peut déployer les protocoles de Vigie-Nature le long des 23 km de ce corridor vert. « Je suis dans une année pilote. Je veux savoir quels sont les protocoles qui marchent avec les gestionnaires pour ensuite mettre en place un observatoire ». Mais il s'avère que les gestionnaires avec qui elle travaille (38 au total) ne le sont pas encore puisqu'ils suivent une formation pour devenir jardinier. Ce sont des personnes en réinsertion avec leurs lots d'histoires personnelles parfois compliquées et tragiques. La nature est loin d'être leur priorité.

Des papillons aux chauves-souris

Pourtant Anne ne désespère pas - elle a débuté en mars 2013 - et petit à petit « sent » que leurs regards se familiarisent avec ce qui les entourent. « C'est difficile à mesurer mais au retour des vacances, certains sont revenus avec des photos d’escargots et de papillons à me montrer ». Tous ont construit des nichoirs à abeilles solitaires - 12 au total -, tous ont exploré la diversité en escargots et en limaces grâce au protocole de l'Opération escargots. Les transects à papillons de jours du programme à destination des gestionnaires d’espaces verts et d’espaces naturels, Propage, ont eu beaucoup de succès. « La chasse aux papillons marche bien, ils aiment être dans l'action. Certains connaissent maintenant les noms des espèces qu'ils observent ». Grâce au SPIPOLL, Anne leur a fait prendre conscience de la diversité du monde des insectes. Les sorties chauves-souris, une dans le 12e arrondissement et une dans le 15e arrondissement, qui étaient pourtant non comprises dans leur temps de travail, ont motivé quelques-uns des futurs jardiniers. « On a fini à 2h30 du matin. On a croisé un hérisson et on a enregistré une forte activité des chauves-souris ».

Des rencontres imprévues

Parfois, les protocoles pour observer les espèces communes permettent de faire des rencontres extraordinaires. Ainsi, certains ont pu observer un orvet, le fameux lézard sans pattes, d'autres une termitière (probablement de Reticulitermes santonensis, l'espèce présente dans les milieux urbains), une fourmilière, des musaraignes des jardins et l'argiope fasciée, araignée considérée comme rare à Paris. « C'était incroyable, une sauterelle s'est fait prendre dans la toile et on a vu l'araignée l'immobiliser et l'emmailloter de soie ».

argiope fasciée petite ceinture Paris from Anne Dozières on Vimeo.

La particularité de cette prédatrice est aussi de fabriquer un motif blanc de soie en zig-zag sur la toile appelé stabilimentum. Mais on pourra y revenir lors d'un prochain post. Il y a beaucoup à écrire!

« On est en train de s'intéresser aux mammifères de petites tailles grâce à des tubes à poils ». Anne a auparavant travaillé sur les écureuils et maîtrise bien ce genre de protocole. « Ce sont des tubes en plastiques avec des diamètres de tailles différentes où l'on place du scotch : quand l'animal passe dedans, il y laisse quelques poils qui nous permettent de l'identifier. On peut s’attendre à trouver des poils de fouine, de rats, de souris, de musaraignes… Ensuite, on installera des mangeoires pour observer les oiseaux et enfin, on recherchera les vers de terre ! »

 Les futurs jardiniers qui seront passés dans le cursus Vigie-Nature d'Anne Dozières cette année n'oublieront probablement pas de sitôt leur expérience !

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Lisa Garnier, le lundi 26 août 2013

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