Faut-il installer des nichoirs à insectes dans les milieux agricoles ?

Le 01.06.2015
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
© Frameries.be

Prairies verdoyantes, champs de colza, arbres isolés et haies délaissées, bords de chemin aux couleurs sauvages de verts et de gris avec des pointes de jaunes et de roses trèfles, vesces et compagnons se frayent un passage entre les graminées vers la lumière... En ce temps de renouveau printanier et de diversité paysagère agréable à l’œil, il me semble important de mettre en avant que certains agriculteurs suivent et agissent pour la biodiversité dans leurs parcelles !

Si l'OAB le dit....

Je vais probablement encore me répéter dans ce post - mais n'est-ce pas le propre de l'apprentissage et de la pédagogie ? - en écrivant qu'une mosaïque d'habitats augmente l'abondance totale en papillons, en abeilles et en invertébrés. Je me répète et je l'assume parce que ce sont les résultats de l'Observatoire Agricole de la Biodiversité !

Qui sont ces agriculteurs ?

En 2014, 231 exploitations ont suivi papillons, vers de terre, mollusques et abeilles solitaires au sein de leurs parcelles. Rose-Line, responsable de l'OAB à Vigie-Nature, vous dirait, si elle était près de moi, « ce sont principalement des exploitants en grande culture et des vignerons mais nous attendons pour 2015, de nouveaux réseaux qui intègrent des maraîchers ».

Un nichoir, une maison pour abeille solitaire

Le résultat du bilan 2014 de Rose-Line que je préfère (il est à lire ici pour les intéressés), c'est celui qui porte sur l'occupation des nichoirs à abeilles solitaires (rappel du protocole ). Lorsque les exploitants les placent en bordure d'une bande enherbée, elle-même longée par une haie, les abeilles colonisent deux fois plus les nichoirs ! Ce qui confirme qu'à une petite échelle, la diversité paysagère augmente l'invitation à l'installation de la faune pollinisatrice sauvage.

Abeilles solitaires dans un nichoir © Anne Dozières

Je me répète encore un peu

Soit dit en passant, cela rejoint par la pratique les modèles de Karine (lire « quand les données de Vigie-Nature permettent de prévoir l'avenir »), qui montrent qu'une agriculture moins intensive et plus variée est profitable aux espèces d'oiseaux. Je vais cependant aller plus loin.

Champ de blé © John Chacon | California department of Water Resources / Californiawaterblog

Milieux naturels, fermes en agriculture biologique et monoculture

Dans une étude américaine (ici) réalisée par Jessica Forrest, avec la participation de Claire Kremen, une référence internationale sur le thème de la conservation des pollinisateurs sauvages, les chercheurs ont analysé la diversité en abeilles sauvages dans des forêts et savanes naturelles, dans des polycultures exploitées en agriculture biologique (légumes et vergers) et dans des monocultures (champs de tournesol et vergers). Tout cela dans la vallée de Sacramento en Californie. Notez que les abeilles domestiques, Apis mellifera, étaient exclues de l'étude puisqu'elles sont trop répandues.

Le bio et la richesse en pollinisateurs

Sans surprise, la richesse en espèces de pollinisateurs était plus importante dans les fermes « bio » et dans les milieux naturels (environ 25 % d'espèces en plus). En revanche, les chercheurs ont aussi comparé des caractéristiques de vie de ces espèces : ils ont mesuré leur taille, la période à laquelle on les trouve, leur sociabilité (abeilles solitaires ou pas, par exemple), leurs lieux de nidification (dans le sol ou au-dessus), etc.

L'agriculture diminue les sites disponibles pour les abeilles

Résultat : tout type d'agriculture diminue cette diversité (dans les articles scientifiques, on parle de diversité fonctionnelle). Notamment pour les lieux de nidification des abeilles situés au-dessus du sol. Et , je vous vois venir.... Vous allez me dire en quoi cette diversité est importante puisque les espèces sont déjà différentes ? Cela ne suffit-il pas ???

Ferme en Allemagne © Dietmar Rabich | Wikimedia commons

La résilience par la diversité

Oui, les espèces sont différentes mais elles peuvent toutes avoir le même comportement : vivre toutes sous terre par exemple, vivre toutes en solitaires, avoir les mêmes dates d'émergence... ce qui traduit « une sorte de pauvreté » de ces communautés d'espèces. Pour surmonter une catastrophe, la diversité est le meilleur atout : si les unes dépérissent, il y a une chance pour que les autres subsistent...

Je vais encore me répéter...

Tout cela pour dire que favoriser la mixité paysagère (haies, arbres morts, etc.) sur les terrains agricoles ne peut être que bénéfique ! Les chercheurs américains se demandent d'ailleurs si l'addition de nichoirs permettrait de tester si les abeilles nichant au-dessus du sol augmentent la diversité fonctionnelle dans les fermes.

Un challenge pour l'OAB peut-être ?

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Lisa Garnier, le lundi 1 juin 2015

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→ Forrest, J.R.K., R.W. Thorp, C. Kremen, and N.M. Williams. Contrasting patterns in species and functional-trait diversity of bees in an agricultural landscape. Journal of Applied Ecology, 2015.

→ La 5e édition des "inventaires éclairs" organisé par Natureparif aura lieu le week-end du 13 et 14 juin 2015. Pour la première fois, plantes et animaux seront recensés dans le département des Yvelines. Toutes les info ici.

→ Les calendrier des sorties Vigie-Nature dans le Nord-Pas de Calais au mois de juin sont à lire ici.

Abeilles solitaires dans un nichoir © Anne Dozières