Homo spipolliensis

Le 02.07.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Rencontres nationales du SPIPOLL © M.Evanno | MNHN

C’est le nom que se sont donnés les « accros » au Suivi Photographique des Insectes POLLinisateurs (SPIPOLL), observatoire de Vigie-Nature piloté par le Muséum national d’Histoire naturelle et l’Office pour les Insectes et leur Environnement (Opie). Et depuis qu’ils y sont « tombés », ils n’en décrochent plus…

Après avoir fait leurs premières armes dans un jardin, privé ou public, les spipolliens n’hésitent plus à spipoller sur des aires d'autoroute, en randonnée ou en vacances en s’attirant parfois les foudres de leurs proches ! Pourtant « les insectes étaient déjà , mais je ne les voyais pas» analyse une spipollienne fidèle. Lors des premières rencontres nationales les 8 et 9 juin 2013 à Bois-le-Roi, une trentaine de participants ont partagé avec beaucoup d’humour leur spipoll « addiction » à la manière - je cite - de « spipolliens anonymes ». Discussions passionnées tardives avec les scientifiques et les animateurs, rencontre en chair et en os des pseudos avec qui on échangait virtuellement, comparaison des techniques et des approches photographiques pour ne pas effaroucher les insectes, retenir sa respiration pour la prise de photo… « Spipoller » est devenu un art ! Mais un art utile à la science.

Dans un contexte de disparition progressive des pollinisateurs, les spipolliens se sont en effet attelés à la tâche de répertorier les insectes observés sur les fleurs qu'ils rencontrent. Tous sont convaincus de faire avancer à leur échelle, la recherche scientifique, dans l'intérêt commun de la préservation des pollinisateurs et du fonctionnement des écosystèmes de la planète. Et bien leur en prend puisque grâce à eux, les chercheurs ont déjà fait avancer la science en publiant leurs résultats dans une revue scientifique, PLoS ONE. Nicolas Deguines ayant réalisé son doctorat au sein du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité avec les chercheurs Colin Fontaine et Romain Julliard au Muséum national d’Histoire naturelle, il a pu lors de ces 8 et 9 juin expliquer comment se répartissent les différents groupes d'insectes dans les villes, les milieux agricoles et les milieux naturels (forestiers et semi-ouverts). Grâce aux collections réalisées par les spipolliens en 2010, Nicolas a pu travailler sur 13161 photographies d'insectes et 2252 photographies de fleurs. Sans trop de surprises, il a montré que les Diptères (les mouches), les Coléoptères (la coccinelle en fait partie) et les Lépidoptères (les papillons) sont en moyenne peu fréquents dans les villes. En revanche, les Hyménoptères (les abeilles, bourdons, etc.), sont plus tolérants aux conditions de vie dans les villes. Mais ce résultat en cache un autre : parmi ces hyménoptères, peu d'espèces s'acclimatent aux parcs et jardins urbains comparés aux milieux agricoles et naturels. Ces derniers restent donc les plus propices à la diversité des plantes et des insectes.

Une diversité que les spipolliens connaissent de mieux en mieux puisqu'ils réussissent à reconnaître les bons taxons trois fois sur quatre après avoir réalisé un minimum de 10 collections. La communauté du SPIPOLL partage, à l’heure où j’écris, 90 000 photographies triées et cadrées ainsi que 10 107 collections sur le site internet. Mais ces chiffres seront déjà obsolètes dans une semaine puisque les photographies s’accumulent jour après jour. Certains spipolliens affichent 500 à 600 collections personnelles. Pourtant, « ce n’est pas la compétition qui les pousse à participer » analyse Mathieu de Flores, animateur du Spipoll à l’Opie. « C’est la relaxation que l’activité procure ». On la pratique à l’heure du déjeuner pour se changer les idées, évacuer les problèmes... Si bien que tous suggèrent que « l’activité soit remboursée par la sécurité sociale ».

20 minutes de relaxation complète au milieu de fleurs épanouies, ça vous tente ? Rendez-vous sur l’onglet « Participez » sur le site du Spipoll.

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Lisa Garnier, le lundi 8 juillet 2013

Pour s'abonner, écrire à lgarnier@mnhn.fr

 

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