Sauvages de ma rue : les interrogations d'une participante, les réponses de Nathalie Machon, responsable scientifique de l'observatoire.

Le 19.05.2014
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Plantain © Nathalie Machon | MNHN

A l'occasion de la sortie du bilan 2013 de Sauvages de ma rue par Tela Botanica (à lire ici) et de l'appli gratuite Sauvages de ma rue (google play ici, Apple store ), qui va vous changer la vie, Nathalie Machon professeur au Muséum national d'Histoire naturelle répond à des interrogations de Janine, participante active dans la ville d'Aix-en-Provence. Autodidacte en botanique, Janine m'a en effet spontanément envoyé – et je l'en remercie - un long témoignage de son expérience personnelle « récente et limitée à quelques rues » .

Intéressée par l'évolution dans le temps des sauvages, elle a localisé de manière très précise les individus observés ainsi que leur environnementSes observations l'ont mené à des réflexions que voici :

« Je trouve qu'il existe une flore riche et variée avec des différences de variétés entre les rues du centre-ville et celles des quartiers résidentiels avec jardins. »

Réponse de Nathalie Machon (NM) : « Oui, ce sont effectivement des plantes différentes qui vivent dans les deux types de quartiers. Notamment parce que certaines plantes ne vivent qu’à proximité des jardins et de leurs pollinisateurs, et que d’autres supportent bien le piétinement ou la pollution et n’ont pas besoin de pollinisateurs pour se reproduire. »

« Je dirais qu'en centre-ville la pariétaire de Judée est la plus répandue avec la stellaire intermédiaire. Les laiterons maraîchers sont bien présents également. »

NM : « Chaque quartier de chaque ville possède sa flore particulière. Dans certaines villes, c’est le pâturin annuel qui est le plus fréquent, dans d’autres c’est le pissenlit. Pariétaire, stellaire et laiterons sont effectivement souvent dans le top 10. »

Cardamine hérissée © Nathalie Machon | MNHN

« Les sauvages sont maltraitées : d'abord, celles qui se sont installées dans les interstices des plaques en fonte du macadam de la chaussée et des trottoirs ou entre les pavés : elles sont mutilées et écrasées par les roulements et piétinements, cela va de soi; celles qui poussent contre les murs sont moins exposées, mais elles sont parfois vandalisées et surtout régulièrement rasées par les employés municipaux, surtout celles qui sont belles, grandes et en fleurs. Je pense que cela influence la diversité des espèces. Les vivaces repartent du pied et les annuelles qui ont un cycle court, surtout si elles fleurissent tôt dans la saison (il n'y a pas de destruction des plantes en hiver) et si elles sont petites (elles sont épargnées), ont plus de chance d'atteindre la maturité et donc de semer leurs graines que les autres annuelles. »

NM : « Cette hypothèse est en train d’être testée statistiquement avec l'ensemble des données des participants de Sauvages de ma rue. Elle est probablement très pertinente. »

« Je trouve que les sauvages des bords de route et talus observées dans le nord de la France (par exemple les pissenlits) sont de plus en plus présentes ici au fil des années. C'est peut-être subjectif; cependant, le dérèglement climatique  se décline ici depuis quelques années sur le mode de nombreux hivers ou printemps pluvieux qui permettent un développement de la végétation printanière remarquable, même si certains étés ont été chauds et secs. »

NM : « Pour répondre de façon objective à cette hypothèse, des suivis botaniques sont mis en œuvre notamment avec l'observatoire Vigie-flore, dont l’objectif est justement de quantifier ces phénomènes. A priori, ce sont plutôt les plantes du sud qui ont tendance à être observées de plus en plus dans le nord. La réponse dans quelques années ! »

© Beemiayoco | observateur du Spipoll

A ma question, « Avez-vous eu des surprises lors de vos relevés ? Des bonnes ou des mauvaises ? », Janine m'a répondu avoir eu plusieurs surprises.

Surprise n°1 : Les espèces minuscules

« une tache verte sur un trottoir comme de la mousse, une photo pour vérifier et sur la photo des fleurs minuscules apparaissent que je n'avais vues de mes yeux (ni de ma vie). »

NM: « Certaines plantes sont effectivement très petites. C’est ce qui leur permet de résister au passage des piétons, bien tassées entre des pavés par exemple. Des plantes sont particulièrement rarement repérées par les observateurs : ce sont les sagines.»

Retrouvez une photo de la sagine sans pétales dans la lettre d'actualité et le bilan 2013 de Sauvages de ma rue ici. Vous habitez la région PACA comme Janine ? Vous voulez vous lancer ? Un site vous est spécialement dédié ici.

Enfin, pour la suite des surprises de Janine, rendez-vous lors d'un prochain post !

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Lisa Garnier, le lundi 19 mai 2014

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Des NEWS des autres observatoires

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