Trèfle et coquelicot, même combat : les mauvaises herbes sont vitales pour les pollinisateurs

Le 21.03.2016
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Coquelicot © Provyclem78 | Flickr

Vous attendiez la suite de « laissez fleurir le trèfle ! » ? La voilà !

En France

Cette fois, l'action se déroule sur le territoire français, et plus particulièrement dans la zone atelier Plaine et Val de Sèvre, une zone dédiée à la recherche en écologie située dans la région Poitou-Charentes (ici le site).

Que mangent les abeilles domestiques ?

Dans cette étude publiée en 2015 (ici), Fabrice Requier, chercheur à l'Inra et au Centre d'Études Biologiques de Chizé s'est intéressé avec ses nombreux collaborateurs au régime alimentaire des abeilles domestiques. L'équipe a notamment étudié l’origine botanique du pollen et du nectar rapporté aux ruches par les butineuses.

Dans les plaines céréalières ?

Cependant, c'est dans les plaines céréalières, haut-lieu d'une production intensive agricole et donc à priori pauvre en biodiversité florale, que les colonies d’abeilles ont été suivies. Pendant cinq années consécutives, 250 colonies ont été réparties sur les 450 km² de la zone atelier agricole.

Fleurs de colza © David White | Flickr

Des abeilles au milieu des champs de colza et tournesol

Toutes les abeilles avaient accès à des fleurs de colza au mois d'avril et des fleurs de tournesol au mois de juillet-août dans un rayon de 1,5 km autour de leur ruche. Vous noterez ici qu'entre mai et juin, les abeilles ne pouvaient donc plus compter sur les espèces cultivées pour se nourrir. Alors de quoi se sont-elles rassasiées ?

Au mois de mai, fait ce qu'il te plaît !

C'est que cela devient extrêmement intéressant. C'est justement au moment le colza ne fleurit plus que les chercheurs ont noté un pic d’abondance dans les récoltes de pollen rapporté aux ruches. C'est aussi au mois de mai que les pollens récoltés sont les plus riches en minéraux et protéines : ils proviennent de nombreuses espèces de plantes dites « nuisibles ».

En juin, vive les coquelicots !

Parmi elles, le réséda sauvage (Reseda lutea), les moutardes (Sinapis sp.), le coquelicot (Papaver rhoeas), les pruniers sauvages (Prunus sp.) et les aubépines (Crataegus sp.). Le coquelicot étant la source de pollen la plus importante au mois de juin !

Syrphes sur coquelicot © Jean Meunier | Flickr

Les mauvaises herbes, pas si mauvaises

De ce résultat, on peut supposer sans trop se tromper, qu'en zone de culture intensive, les « mauvaises herbes » constituent probablement la source de nourriture la plus importante pour les pollinisateurs sauvages - dont on ne peut ni déplacer les ruches ni assurer une partie de leur alimentation - en attendant la floraison des fleurs de tournesol ! Fleurs à l’origine du second pic d’abondance dans les récoltes de pollen rapporté aux ruches au mois de juillet.

Les arbres, première ressource en avril

L'autre point notable de cette étude est qu'elle démontre qu'au lieu de se jeter sur le pollen du colza au mois d'avril, les abeilles domestiques préfèrent les fleurs des arbres : comme les érables, pruniers et aubépines. On ne dira jamais assez qu'une haie constituée de plantes sauvages est idéale pour les oiseaux et les insectes.

Prunelliers © Patrimoinedumorvan.org

 

Conclusion, alors que le rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) vient de rendre son rapport sur « l’évaluation mondiale sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire » (ici le résumé à l'intention des décideurs), et soumis à polémique (, l'article du Monde), vous pouvez agir :

Trèfle et coquelicot, même combat ! Adoptez des plantes sauvages pour aider les pollinisateurs !

________________________________________________________________________________

Lisa Garnier, le lundi 25 mars 2016

Pour s'abonner au blog, cliquer sur lgarnier@mnhn.fr

1 - Engagez-vous aussi comme photographe des insectes pollinisateurs !

Le Spipoll permet de comprendre l'évolution des communautés d'insectes depuis 2010 en France métropolitaine. Ici le résultat le plus récent.

2 - La notion de goût

→ Cet article m'a interpellé sur la notion de goût chez les insectes. Si les abeilles se nourrissent comme nous d'une grande diversité de plantes, c'est aussi peut-être pour varier les plaisirs gustatifs....Voici l'article scientifique que j'ai trouvé à ce sujet. S'il existe dix gènes de récepteurs gustatifs, personnes n'a encore démontré que les abeilles avaient formellement du goût. 

3 - Participez à une étude liant nature et odeur

→ Du goût, nous passons aux odeurs avec les recherches de Minh-Xuân TRUONG, doctorant dans notre laboratoire Cesco. Il s'intéresse à la sensibilité que nous portons aux odeurs ainsi que notre relation avec la nature. Il a besoin du maximum de réponses à son questionnaire la Nature et vous ici !!

AGENDA

Les journées de rencontre des observateurs Vigie-flore auront lieu le samedi 2 et dimanche 3 avril 2016 à la Bergerie Nationale de Rambouillet.
Au programme : résultats du programme Vigie-flore, bota'thlon, découverte de la flore et végétation de l'étang de Saint-Quentin-en-Yvelines...
Le programme détaillé est disponible là. Pour s'inscrire, rdv ici (cette journée est limité en nombre de places).