Un jardin, des papillons, des jardiniers.

Le 25.11.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Demi-deuil (Malanargia galathea) © Benoit Fontaine | MNHN

 

Vous êtes un jardinier qui travaille pour une collectivité, un responsable d'espaces verts municipal et qui souhaite agir pour la biodiversité locale ? L'équipe de Vigie-Nature du Muséum national d'Histoire naturelle a pensé à vous ! En 2009, elle a lancé avec Noé conservation le Protocole Papillons Gestionnaires dit aussi PROPAGE.

Le Principe

L'idée de PROPAGE, c'est de dénombrer et d'identifier les papillons les plus communs dans les espaces verts des municipalités en relation avec les pratiques réalisées pour qu'au cours du temps (cela peut prendre quelques années) on devienne capable d'évaluer quelles sont les mesures de gestion des jardins les plus favorables à la biodiversité. Comment ça fonctionne ? C’est simple, les jardiniers comptent pendant 10 minutes les papillons qu’ils observent trois fois par an sur un ou plusieurs parcours appelés transects.

Explication

Grâce aux études réalisées par l'observatoire des papillons des jardins, Benoit Fontaine, le spécialiste et référent des observatoires des papillons à Vigie-Nature a pu calculer le degré de sensibilité au niveau d'urbanisation des espèces communes de papillons. En effet, il apparaît que certaines espèces comme les tircis se satisfont assez bien des conditions de vie en ville mais que d'autres comme le tabac d'Espagne, le myrtil, le demi-deuil et le citron sont du genre « urbanophobes ». Communs dans les prairies en milieu rural, ils sont extrêmement rares dans les villes, même lorsqu’il y a des zones de prairie ou de friche. En réalité, ce degré de sensibilité reflète la capacité des papillons à vivre dans des lieux très urbanisés.

Explication, la suite

Ce degré de sensibilité des espèces connu, on le met en commun avec les données récoltées sur un site avec le PROPAGE (espèces et effectifs de papillons de jour observés). Et c'est que les choses deviennent intéressantes. Cette mise en commun mathématique (une formule que je n'indique pas ici) crée un indice de la qualité des communautés des papillons de jour pour le site. Et qui dit « un même indice pour deux sites différents », dit « comparaison possible entre eux ».

Résultats de 2013

Comment ? En étudiant leurs valeurs. Plus l'indice de qualité des communautés est élevé, plus il existe une communauté de papillons sensibles à l'urbanisation. Dans ce cas, on peut être content de soi : on aura accueillit des urbanophobes ! OK. Ca, c'était la partie technique, la compréhension du calcul.... Pour parler chiffres, 89 parcs ont suivi PROPAGE en 2013, notamment en Seine Saint Denis. Voici les résultats de la ville très impliquée de Nantes et de la France :

On remarque que l'indicateur est nettement supérieur dans les prairies et les friches. Plutôt normal comme résultat vu tout ce que j'ai expliqué au-dessus. Les squares urbains et les cimetières présentent en revanche le moins de variétés de papillons. Les bords de route de Nantes montrent aussi une communauté plus faible en papillons que sur la France entière.

Au sein de sa ville

Comme PROPAGE a vocation de comparer son site à un autre, je vous présente d'autres résultats des recensements de la ville de Nantes. Ils ont été effectués dans plusieurs cimetières. Ils sont comparables entre eux puisqu’ils ont été réalisés selon le même protocole, et avec la même météo.

Le cimetière qui a l’indice le plus élevé, traduisant une communauté de papillons riche, abondante, et composée d’espèces sensibles aux perturbations est celui qui est géré en Zéro phyto, au contraire des autres sites. Le suivi révèle ici l’efficacité du changement de pratiques pour la biodiversité ! Observez aussi les barres des écarts-types (perpendiculaires aux blocs), plus elles sont longues, plus elles montrent une différence de comptages des papillons : pour diminuer la taille de cette barre, il faut réaliser le maximum de passages sur les transects (trois dans la saison) et favoriser le comptage par le même observateur.

L'art de la patience et de l'assiduité

Le problème est que la biodiversité ne réagit pas toujours à la vitesse que l'on souhaiterait. Même avec des mesures de gestion favorables aux papillons, on n'obtient pas des résultats tout de suite ! Il faut parfois attendre plusieurs années et quelques fois les parcs et jardins sont tellement enclavés en ville que les papillons urbanophobes ne pourront jamais les atteindre....Pour reprendre de l'énergie sur ce point, je vous invite à lire sur le blog de Vigie-Nature Sciences participatives : pourquoi il ne faut pas se décourager et Observateurs, le temps vous donne raison.

Le citron (Gonepteryx rhamni) ©Benoit Fontaine

La nouveauté 2014

Pour la saison 2014, Benoit Fontaine et Julie Valarcher, animatrice au sein de Noé Conservation, préparent un nouveau site de saisie des données. L'autre nouveauté, en cours de développement sera la capacité de comparer son indicateur à celui qu'il devrait avoir théoriquement dans un type d'habitat et pour un type de gestion. On y reviendra. Rendez-vous en 2014 !

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Lisa Garnier, le lundi 25 novembre 2013

Pour s’abonner au blog, cliquer sur lgarnier@mnhn.fr

PROPAGE c'est :

  • dénombrer et identifier les papillons les plus communs
  • trois fois par an autour des dates du 1er juin, 5 juillet, 10 août (plus ou moins 10 jours)
  • un jour de beau temps : ensoleillé, non venteux, sans averses (couverture nuageuse au maximum de 75 % du ciel), entre 11h et 17h avec une température d’au moins 13°C si le temps est ensoleillé, et d’au moins 17°C s'il est nuageux.
  • marcher lentement (un pas toutes les 2 secondes) pendant 10 minutes dans une parcelle dont on aura décrit l'habitat (c'est ce que l'on appelle un transect).
  • Les papillons observés à 5 mètres de soi environ (en l'air, sur les côtés, devant) sont identifiés et comptés.
  • En savoir plus sur le protocole et les habitats ici.

 

PROPAGE est ouvert à d'autres publics : particuliers, entreprises, etc.

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