La nature dans les aéroports ?

Le 30.01.2017
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Tapis d'Orchis à l'aéroport de Morlaix-Ploujean © Roland Seitre | HOP!Biodiversité

En tant que passager, un aéroport c’est quoi ? Des avions, des bagages, un flot de voyageurs, des services de sécurité et de contrôle.... L'esprit est au voyage, au départ, aux réunions de travail... Jamais, ou rarement, on imagine que vivent des espèces animales et végétales sauvages.

Des pelouses et des lapins

Pour ma part, avant le décollage, j'observe les pelouses afin d'y trouver quelques lapins. Mais jamais je n'aurais cru qu'une certaine biodiversité existait dans les aéroports. Pourtant Julia et Roland Seitre, responsables de l'association HOP! Biodiversité m'ont convaincue que si.

Aéroport de Paris-Orly © Roland Seitre | HOP!Biodiversité

Des orchidées dans les pelouses

A l'aéroport de Castres-Mazamet, par exemple, vingt espèces d'orchidées ont élu domicile sur le territoire de l'aéroport. « On en a relevé une dizaine de milliers de pieds » m'a dit Roland. A l'aéroport de Morlaix Ploujean, 5 000 pieds d'Orchis tachetés fleurissent en juin. Des Orchis bouc et Ophrys abeille (relire Des orchidées attractives et pourtant...) poussent à Orly, près de Paris.

Les orchidées de l'aéroport de Castres-Mazamet (de g. à d., Ophrys araignée, Sérapias à labelle allongéOphrys jaune, Orchis brûlé) © Roland Seitre | HOP!Biodiversité

Des pistes mais pas que

« Dans un aéroport, il y a en moyenne 70 % d'espaces verts » m'a expliqué Roland. « Ce sont différents types de prairies, y compris des pelouses calcaires. Pour des raisons de sécurité et de sûreté, ces espaces sont clos avec peu d'interventions humaines. Des tontes plus ou moins régulières y sont pratiquées sur un terrain souvent en zéro phyto. Avant la création de l'association, nous avions l'intuition que nous y trouverions probablement une certaine richesse naturelle. »

Des lieux laissés tranquilles

Apparemment, Roland ne s'est pas trompé. « On a commencé les suivis en 2014 sur les terrains de trois aéroports. Aujourd’hui, nous pouvons par exemple conclure que nous avons plus de groupes d'insectes rares dans ces zones qu'à l'extérieur des aéroports. Il semble que la nature a les moyens de s’exprimer. »

Lièvre variable - Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine © Roland Seitre | HOP!Biodiversité

Vigie-Nature dans les aéroports

Vous noterez que Roland parle bien de suivi et non d'inventaire (lire aussi Quelle est la différence entre suivre une espèce et inventorier une espèce). L'association repose en effet sur le suivi d'espèces avec les observatoires de sciences participatives de Vigie-Nature : notamment le suivi photographique des insectes pollinisateurs, Spipoll et le suivi des chauves-souris, Vigie-Chiro.

L'adaptation des protocoles

« Nous nous inspirons du protocole du suivi temporel des oiseaux communs pour suivre les populations d'oiseaux et de l'observatoire agricole de la biodiversité pour suivre les abeilles solitaires, les papillons et les invertébrés mais nous savons que nous sommes hors cadre. Parce que notre carré Stoc n'a pas été tiré au hasard et que nous n'avons pas de zones agricoles. »

Un personnel impliqué dans la préservation de la biodiversité

Si les protocoles de sciences participatives sont utilisés, ce n'est pas au hasard. En effet « lors de sa création, la compagnie aérienne HOP! voulait impliquer son personnel et celui de ses partenaires aéroports dans le projet de la préservation de la biodiversité ». Les sciences participatives étaient donc le meilleur moyen pour y arriver. « L'association s'est créée pour évaluer, promouvoir et surtout améliorer la biodiversité dans les aéroports ».

Halicte © Roland Seitre | HOP!Biodiversité | Spipoll

Un réseau qui s'étoffe

Depuis 2014, le nombre d'aéroports s'est étoffé : cinq en 2015, douze en 2016 et entre treize et quinze en 2017. Le tentaculaire aéroport Charles de Gaule de Paris avec ses 32 km² vient tout juste d'adhérer. « Notre objectif est maintenant de créer un référentiel de la biodiversité pour les aéroports afin que les participants puissent évaluer si la biodiversité évolue favorablement sur le territoire ils s'impliquent ».

Les volontaires

« 200 personnes sont volontaires et motivées. Ce sont des pompiers, des personnels de lignes aériennes, des personnels de gestion du risque animalier, des contrôleurs aériens... Mais comme dans toute approche participative : il faut leur faire des retours sur leurs comptages. »

Renard roux - Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine © Roland Seitre | HOP!Biodiversité

Des suivis mais pas que...

Roland et Julia ne s'arrêtent pas aux suivis des espèces. A Castres-Mazamet, ils participent à la réhabilitation de sept à huit espèces de plantes messicoles dont les graines étaient dormantes dans le sol. Ils privilégient les solutions qui se basent sur les interactions entre espèces « Nous proposons de laisser les renards s'installer. Ils chassent les petits mammifères et cela peut réduire la pression des rapaces qui sont à haut risque de collision pour les avions. »

La jeune association a voulu attendre d’avoir de premiers résultats tangibles avant de communiquer vers le grand public et les voyageurs.... Vous faites donc partie des premiers informés !

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Lisa Garnier, le lundi 30 janvier 2017

Contact : lisa.garnier@mnhn.fr