La ville comme un terrain de jeu botanique ?

Le 17.05.2016
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
© Vivine05 | Flickr

Une rue, on s’y déplace. Le trottoir, c'est pour nous surélever de la route l’eau s’écoule…Et si l’on changeait de point de vue ? Les rues seraient des terrains de jeu botaniques. Parfois, au lieu de regarder ses pieds, on chercherait les plantes sauvages. La ville deviendrait un immense plateau de jeu avec des rues dont la flore est difficile à déterminer, moyennement difficile, facile….

L’exemple de la ville de Nantes

Dans la ville de Nantes, le jeu n’existe pas encore mais les rues sont devenues le terrain d’apprentissage et de perfectionnement des apprentis botanistes. Depuis 1998, il existe en effet un cours de botanique de 40 heures à suivre sur deux années (ici pour les renseignements pratiques).  

Des étudiants organisés

Philippe Ferard en est le professeur. « Plus de 300 personnes sont passées par notre formation qui ont lieu au Jardin des Plantes de Nantes » m’a-t-il expliqué. « Certains ont même ressenti le besoin d’aller plus loin. Dès 2002, ils ont fondé une association, Botanica Nantes, qui prolonge les cours dispensés par la mairie, sous forme de cours magistraux, d’excursions botaniques et d’études à thèmes. »

© Roger Nuuk | Flickr

Le Pavé Nantais

Le « Pavé Nantais » en est la sortie culte. « De la fin mars à début octobre et tous les 15 jours, nous arpentons les pavés de la ville à la découverte des plantes. Au détour d’une rue insolite, je prélève l’une d’elle trouvée dans un interstice. Les élèves l’observent puis je pose des questions qui permettent d’avancer dans sa reconnaissance. Une personne prend toujours des notes ».

UPMC - Sauvages de ma rue from Les Michaud on Vimeo.

Du jeu à la science

Ces notes sont depuis 2012 transformées en données pour l’observatoire des plantes sauvages urbaines, Sauvages de ma rue. Audrey Tocco, animatrice de Sauvages à Tela Botanica m’a indiqué qu’à Nantes, 1323 observations de 345 espèces différentes ont ainsi été réalisées sur 46 tronçons de rues. Toutes ou presque sont le fruit des sorties organisées par Botanica Nantes. Merci !

Un jeu convivial

« Nous communiquons aussi nos données au Conservatoire botanique de Brest » m’a informé son président, Dominique Lelièvre, pour qui les sorties sont autant nécessaire à l’amélioration de son observation - « plus on observe, plus on s'améliore ! » - qu’au plaisir de se retrouver entre amis !

Fleur de laitue des murailles © Achim | Flickr

Le jeu de la connaissance

Lors de ses sorties, Philippe retient avoir observé plus fréquemment la laitue des murailles (Mycelis muralis (L.) Gaertn.), une espèce poussant normalement en forêt (sa fiche eflore ici). Je n’ai donc pu m’empêcher d’aller faire le tour des bibliothèques scientifiques. J’ai été surprise de constater que la laitue des murailles a fasciné les chercheurs irlandais (ici mais en anglais).

Des rochers des forêts aux murs des villes

L’espèce a finalement adhéré aux murs des villes. Comme beaucoup d'Astéracées, elle s’autoféconde et disperse ses graines grâce à des soies légères et soyeuses. Cette dispersion importante lui permet même de contrebalancer les effets délétères d’une reproduction trop apparentée (pour l’article, c’est ). En France, on la retrouve plus ou moins partout. Mais il est vrai avec moins d’observations sur la façade Atlantique.

Répartition de la laitue des murailles en France  © Inventaire national du patrimoine naturel | MNHN

 

Le joker !

Nathalie Machon, responsable scientifique de Sauvages de ma rue, a, elle, noté la présence d’une espèce des estuaires et milieux humides à Nantes. La paspale à deux épis : Paspalum distichum. Originaire d’Amérique du Sud, cette graminée est une plante invasive. Sa répartition suit d’ailleurs les cours d’eau. J’ai trouvé un article montrant que ses grainescomme d’autres - résistent sans problème au passage par le tube digestif des sarcelles d’hiver (ici).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Pauline Bouman  / INPN MNHN

Votre ville ne propose pas de formations sur la botanique ? Que cela ne tienne ! Tela Botanica propose une formation en ligne qui commence le 5 septembre. Déjà 7000 inscrits ! Pour s’inscrire, c’est .  

Les rues vont devenir vos terrains de jeu…..

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Lisa Garnier, le mardi 17 mai 2016

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D’autres projets collectifs participent activement à Sauvages de ma rue : un grand merci à tous de leur participation ! Je pense notamment à une voisine de Nantes, Angers ou encore à l'initiative pilotée par Tela Botanica et la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Sauvages de PACA.

Pour télécharger les données de SAUVAGES DE MA RUE

Les données peuvent être téléchargées ici. Dans le formulaire, il n’est pas obligatoire de renseigner l’email de la source des données. Renseignez votre ville puis cliquez sur Afficher les options d’export avancé. Cocher les cases avancées et étendues. C’est parti ! Vous connaîtrez ainsi toutes les espèces dénombrées et déterminées dans votre ville.

Un grand merci aux photographes ayant donné l'autorisation de publier leurs photographies dans ce post !

AGENDA

Venez nous retrouver lors de la Fête de la nature au Jardin des Plantes de Paris les samedi 21 et dimanche 22 mai ! Toutes les info ici.  

SPECIAL SAUVAGES DE MA RUE

→ Vous voulez devenir un relais de Sauvages de ma rue en région PACA ? Deux formations sont proposées l'une à Carpentras le 20 juin (le programme est ) et l'une à Grasse le 23 juin 2016 (Cliquez ici).
→ Des sorties Sauvages de ma rue auront lieu à Nîmes le 24 Mai, le 21 juin et le 5 Juillet 2016. Les info ici.
Dans le Poitou, il y aura aussi des sorties Sauvages. Le programme est .
Près de Lyon, Sauvages de ma rue sera à Villeurbanne le 11 juin 2016. Lire ici