Les pieds d'arbres en ville, désert ou forêt vierge ?

Le 12.10.2015
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Pied d'arbre rue Jean Bouton, Paris 12e © Mona Omar | MNHN

 

Depuis 2009, il est un quartier dans Paris qui est régulièrement étudié par les étudiants de Nathalie Machon, notre spécialiste au laboratoire sur la flore urbaine : le quartier de Bercy.

Un terrain d'étude

Sa proximité de la Seine, du bois de Vincennes, de divers parcs dont celui de Bercy, ainsi que ses nombreux arbres plantés - 1474 en tout -, ont fait de lui le terrain idéal des nouveaux aventuriers en écologie végétale urbaine. Telle Mona Omar en 2014.

Rue Rambouillet, Paris 12e © Mona Omar | MNHN

D'où viennent les sauvages ?

Mona s'est en effet intéressée aux « sauvages » enracinées au pied de tous les arbres d'alignement du quartier. En herborisant, notant, inventoriant, elle s'est demandé si le nombre de plantes au pied des arbres est lié au voisinage de parcs ou de la coulée verte. Si elles sont des plantes à fleurs pollinisées par les insectes. Ou au contraire des plantes pollinisées par le vent. Et si ces plantes dépendent de leur terre d'accueil, le pied d'arbre ?

Le pied d'arbre, parlons-en

Dans ce petit bout de terrain que les humains ont bien voulu laisser autour du tronc, Mona a parfois découvert de véritables forêts vierges avec 15 espèces de plantes sauvages ! Une jungle ! Un record de biodiversité ! Et cette jungle urbaine est liée à une terre non tassée et non piétinée, aérée.

Comment redonner des couleurs à la ville

Plus remarquable, ces terres abritent aussi le plus d'espèces de plantes pollinisées par les insectes redonnant par la même occasion des couleurs joyeuses au bitume... Grilles et plaques recouvrantes n'offrent en revanche que peu de chances aux plantes de s'implanter au pied des arbres. Dans ces cas-là, c'est plutôt le désert !

Avenue Daumesnil, Paris 12e © Mona Omar | MNHN

Bas les pattes ! Pieds d'arbres gardés !

Cependant, il n'est pas uniquement la gestion des pieds d'arbres qui soit en cause. L'arbre lui-même agit sur ses voisines, les sauvages. Les Ailantes (Ailanthus altissima) et les Platanes (Platanus hispanica) se montrent en effet beaucoup plus accueillants - en nombre d'espèces - que les Marronniers (Aesculus hippocastanum) et les Robiniers (Robinia pseudoacacia). D'après Mona, « ce phénomène pourrait être dû aux capacités qu'ont les jeunes germinations à supporter les substances toxiques émises par les racines de ces arbres ou de la décomposition de leurs feuilles ».

Des forêts d'herbacées qui dépendent de la durée de vie des graines

Enfin, la répartition des plantes sauvages au pied des arbres seraient aussi fonction de la durée de vie de leurs graines dans le sol : plus elles vivent longtemps - plus de 5 ans - plus elles ont l’occasion de se disperser dans l’ensemble des rues du quartier. C'est le cas du grand plantain (Plantago major) par exemple. Le géranium mou dont les graines ne persistent pas plus d'une année est lui très localisé autour de la « coulée verte René Dumont» dans le quartier de Bercy.

Geranium molle © Svdmollen | Wikimedia commons

Une stratégie urbaine

« Persister dans la banque de graines, lors des évènements climatiques défavorables ou de certaines perturbations, serait la stratégie principale des plantes pour survivre à la fragmentation du paysage urbain » suppose Mona « les graines sont stockées durablement dans le sol en attendant des conditions de germination appropriées ».

Rue Montgallet, Paris 12e © Mona Omar | MNHN

Allez pour finir, un résultat local : la rue de Rambouillet et le boulevard de Bercy, sont les voies les plus riches en espèces de plantes avec une moyenne de 9,7 et 8,8 espèces par pied d'arbres. « Le boulevard de Bercy est une rue en gestion différenciée depuis quelques années, c'est pourquoi le nombre d'espèces explose » m'a dit Mona. La rue la moins riche en plantes est la rue commerciale Taine avec une moyenne de 1.54 espèces par arbre.

Un plan de Paris 12e pour aller à la rencontre des plantes sauvages :

 

Vous allez pouvoir frimer lors de vos dîners !

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Lisa Garnier, le lundi 12 octobre 2015

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Et pour plus d'observations végétales, rendez-vous ici sur la carte des participants à Sauvages de ma rue ! 

Commentaires

Bonjour, Très intéressant cet

Bonjour, Très intéressant cet article et un sujet important ! Pour moi c'est fôret vierge ! J'ai fait des photos dans le 13e arrondissement, pas pour analyser les especes comme vous, mais plus pour l'expréssion graphique, l'échelle micro macro et les motifs. Votre article par contre renvoie mon attention vers un des outils les plus importants pour un paysagiste, les végétaux ! Si vous voulez regarder les photos, voici un lien vers l'article sur mon blog : https://mjscapes.wordpress.com/2015/03/20/urbain-micro-macro/ Bonne journée. Bien cordialement, Merete Jepsen