Les « Sauvages » de la ville de Blois

Le 15.07.2013
Par: 
Lisa Garnier
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Travaux des étudiants de 4ème année de l'ENSNP © S. Bouche-Pillon | ENSNP

La pédagogie active, c’est ce que pratique l'École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois (ENSNP). Les étudiants de 4eannée sont devenus des observateurs des plantes sauvages tout en approfondissant leurs connaissances en écologie du paysage en suivant le programme «Sauvages de ma rue» du Muséum national d'Histoire naturelle, co-fondé par Tela Botanica. Sabine Bouché-Pillon, maître de conférences à l'ENSNP, a bien voulu répondre à mes questions à ce sujet.

Sabine, pourquoi avoir utilisé un programme de Sciences participatives, et notamment «Sauvages de ma rue» dans le cursus des étudiants se destinant à devenir paysagistes ?

Nous sommes en train de développer un programme en écologie urbaine et en écologie du paysage au sein de l'école pour les étudiants de 3e et de 4e année. Avec Sébastien Bonthoux (attaché temporaire d'enseignement et de recherche à l’ENSNP), on voulait faire découvrir la démarche scientifique : comment est-ce que le scientifique pose la question, comment ils se la poseraient eux-mêmes ? Ces étudiants sont dans une formation par le projet mais dans un mode opérationnel : ils vont devenir des paysagistes concepteurs, qui seront en relation avec différents publics (élu, botaniste, urbaniste, etc.). On souhaitait donc aussi qu'ils se confrontent à des registres d'explications utilisées par et pour différents acteurs.

Les sciences participatives permettent de rassembler le scientifique et le citoyen amateur éclairé ou curieux. Je connaissais les travaux de Nathalie Machon et d'Audrey Muratet au Muséum national d'Histoire naturelle. De plus, en juin 2012, Sauvages de ma rue s'étendait à la France entière. Les outils étaient donc à disposition. Il n'y avait plus qu'à se lancer ! Les étudiants ont suivi le protocole Sauvages de ma rue, récolté un jeu de données naturalistes, qu’ils ont pu ensuite analyser avec les systèmes d'informations géographiques (SIG) et les calculs statistiques : tous les maillons ont fait l'objet d'exercices pédagogiques.

Comment les étudiants se sont-ils pris au jeu ?

Environ 30 étudiants ont suivi le programme, qui a démarré en septembre 2012. Ils se sont appuyés sur les particularités du relief de Blois : la Loire coule en son centre, il y a une plaine alluviale, des coteaux et des plateaux de part et d'autre de la ville. Huit groupes de prospection se sont formés. Chacun a défini son itinéraire à partir du fleuve. Il y avait ceux qui se dirigeaient vers l'est, l'ouest, etc. Tous ont été très surpris par la végétation abondante des rues. Il faut dire que notre inventaire a démarré la même année que la mise en place de la politique zéro pesticides de la ville ! Ils n’ont pas trouvé simple de reconnaître toutes les espèces. « Si pour nous, c'est compliqué, comment font les autres ? » ont dit certains. Mais un groupe d'étudiants armés d'appareils photo, de formulaires et de flore pour déterminer les plantes, cela ne passe pas inaperçus ! Surtout lorsqu'il fait beau et chaud. Les habitants se sont montrés curieux. Ils ont donc déjà appris à communiquer leur expérience.

Ont-ils été jusqu'à la saisie des données sur le site internet Sauvages de ma rue ?

Oui, c'était important que les étudiants fassent leur propre saisie en ligne. Là, ils ont vraiment pris conscience de ce qu'est une donnée et du besoin de fiabilité de l’observation. Face à l'ordinateur, où leur envoi prenait de l'importance pour la recherche scientifique, ils se sont posé des questions sur la valeur des données. Je suis l'observateur, mais qui valide, détecte les erreurs possibles ?

Concernant l'analyse des données, qu'avez-vous fait ?

A Blois, 53 rues ont été prospectées au total, 127 espèces ont été observées. Pour ce qui concerne la flore des trottoirs, les étudiants ont analysé les proportions de plantes trouvées en fonction de leur stratégie de dissémination des graines (présence d'aigrettes pour la dispersion par le vent par exemple), la proportion de plantes vivaces, annuelles et bisannuelles. Dans les rues, ils ont cherché si la richesse en espèces est différente en fonction de la distance à la Loire. L'analyse de ces données rentrait dans la pédagogie par la science, or les étudiants n'avaient pas encore eu l’occasion de lire des articles scientifiques en anglais. Ils ont pu comprendre leur ossature par exemple. De leurs données, on leur a demandé de rédiger un petit article et un poster scientifiques.

Qu'ont pensé les étudiants de cette façon d'apprendre ?

Les étudiants ont ressenti le besoin de faire partager leur expérience et d’interroger d’autres parties prenantes, comme les riverains ou la municipalité. Après avoir suivi tout le chemin de l'observateur, d'avoir fait les relevés, les cartes, les transects, les photos, etc. puis d'être passé à l'étape de la mise en ligne et de la prise de conscience individuelle, on peut imaginer que les étudiants participent à des actions pour un public plus large.

Est-ce que l'expérience continue en 2013 ?

Oui, bien entendu. D'autant que nous allons communiquer nos résultats pédagogiques lors de deux colloques : l’un scientifique, l’autre pédagogique. L'accueil a été très favorable auprès de nos collègues européens.

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Lisa Garnier, le 15 juillet 2013
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