Mais où sont-ils passés ?

Le 02.01.2018
Par: 
Lisa Garnier
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Que font les animaux pendant les fêtes ? A travers la fenêtre de la salle à manger ou à l’occasion d’une promenade digestive, vous avez peut-être aperçu quelques braves animaux lutter contre le froid. Tels ces passereaux profitant de vos mangeoires, faisant le plein de calories. Mais comme chaque année, j’ai eu une pensée pour tous les autres, ceux qu’on ne voit pas : les insectes, les papillons, les escargots, les chauves-souris, bref, tout ceux qui dans quelques mois, lorsque le mercure grimpera, débouleront sans prévenir dans nos jardins. Où sont-ils, donc ? Que font-elles, pendant les fêtes, ces bêtes qui visiblement n’apprécient pas le froid ? Je pensais que l’hibernation était la norme, j’ai découvert qu’il y avait des stratégies de survie très différentes. Et que les animaux se cachaient un peu partout – et dans des endroits inattendus !- pour passer les fêtes. 

 

Chauves-souris : des cavernes aux églises

 
Après un automne de chasse intensive, lorsque les températures dégringolent et que les insectes se raréfient, les chauves-souris partent s’installer dans un coin tranquille, à l’abri des prédateurs : une grotte ou un tronc d’arbre mort selon les espèces. C’est là qu’elles vont passer plusieurs mois sans bouger ou presque - seulement pour uriner, boire un peu, voire s’accoupler.
 
Une fois suspendues en hauteur la tête en bas, les corps se refroidissent, le rythme cardiaque chute - de 300-400 à 10-25 pulsations par minute ! -, la respiration ralentie ; le métabolisme ne fonctionne plus qu’à « deux à l’heure ». C'est ce qu'on appelle l'hibernation, comme chez la marmotte ou le hérisson. Cette léthargie profonde, qui se maintiendra jusqu'au printemps, permet aux chauves-souris de vivre sur leurs réserves de nourriture en restant très économes en énergie. Si les 34 espèces françaises hibernent, les stratégies diffèrent. Deux exemples.
 
- Le Grand Rhinolophe passe l'hiver dans les cavités très humides (naturelles, mines, carrières, grandes caves,...), en restant suspendu au plafond, enveloppé dans ses ailes. Les cavernicoles (qui vivent dans les grottes) hibernent en groupe pour accentuer la chaleur et ne se déplacent que très rarement pour chasser un peu, boire ou uriner.
 
- La Noctule commune, non cavernicole elle, préfère les cavités d'arbre en forêt qui offrent des conditions thermiques stables. Comme sa cousine des cavernes, elle hiberne généralement en groupe. Elles peuvent ainsi résister temporairement à des températures très basses, en dessous de 0°C !
 
Il y a aussi le Petit Rhinolphe, qui préfère rester isolé de ses congénères. Tout comme certains Murins qui se logent seuls dans des micro-fissures de bêton. Concernant celles qui vivent tout proche de nous, comme la Sérotine ou la Pipistrelle, il arrive qu'elles élisent domicile dans les toitures ou les isolations des maisons. Mais il y a plus insolite encore. La pipistrelle, par exemple, se plait particulièrement dans certains bâtiments spacieux comme les églises ! Eglise qui, d'ailleurs, au Moyen-Age, fit de la chauve-souris un symbole diabolique...

 Le Grand Rhinolophe enveloppé dans ses ailes en pleine hibernation

 

L’escargot : bunker sous la terre

 
Comme la chauve-souris, l'escargot hiberne. Dès que la température descend sous les 12-14 degrés, il plonge dans une longue période de repos durant laquelle ils ne se déplacera plus, ne se nourrira plus jusqu'au printemps. Mais où se cache-t-il ? Comme les limaces, les escargots s’enfouissent à plusieurs centimètres dans le sol - oui, oui, ils creusent ! -, ou s'abritent sous des feuilles, avant de s’enfermer dans leur coquille .
 
En été, lors des périodes de sécheresses, ils produisent déjà un mucus (épiphragme) qui sèche et obstrue l’entrée évitant au colimasson de se déshydrater. L’hiver, ce gros bouchon permet de se protéger du froid et des prédateurs. Un vrai bunker sous-terrain ! Certaines espèces comme l’escargot de bourgogne fabriquent carrément une solide porte en calcaire ! Ces animaux passent aussi l’hiver à l'état d’œufs, pondus avant l'hiver avant d'être enfouis dans la terre. 
 
Ainsi comme les marmottes, de nombreux  organismes au sang froid (escargots, lombric,grenouille,couleuvre,...) passent l'hiver en hibernation, dans le sol ou dans une cavité. Ces animaux se réveilleront lorsque le thermomètre annoncera le retour des beaux jours. 

L'escargot de bourgogne ayant bouché sa coquille avec son épiphragme de calcaire

 

les insectes : partout... dans tous les états

 
D'une manière générale peu d’insectes passent l’hiver à l’état adulte. Comme tous les animaux à sang froid leur température corporelle suit celle de la température ambiante. Certains d'entre eux, qui dépendent de l’homme, comme les moustiques, peuvent rester toute l’année au chaud dans les maisons. Pour les autres, il y a deux solutions pour survivre : hiberner (diapause) ou partir (migration). 
 
Dans les prochains jours, lorsque vous monterez dans votre grenier, ouvrez les yeux. Vous y verrez peut-être certaines vanesses (Paon du jour, Petite tortue...) qui se reposent dans ces lieux sombres et non chauffés des maisons. Pour supporter le froid, en plus de ralentir leur métabolisme, ces papillons produisent une substance antigel – une sorte de couverture composée de glycérol - qui leur permet de résister à des températures très inférieures à 0°C ! Et les papillons nocturnes ? Beaucoup hibernent non pas dans les greniers mais... dans le sol.
 
Mais la plupart du temps, les lépidoptères meurent dès les premiers assauts de l'hiver. L'espèce survit donc à l'état d'oeuf, de chenille et même de chrysalide. A la fin de l'automne, l'organisme bloque sa croissance pendant plusieurs mois, et patiente sous les écorces, les troncs morts, sous les pierres, à l'abri des prédateurs et des intempéries. Contrairement au processus d'hibernation classique de la marmotte qui commence au moment où les températures chutent, et s'arrête quand elles remontent, ce qu'on appelle la diapause des insectes ne dépend pas seulement du theromètre. Par exemple, si vous récoltez en hiver une chrysalide de Piéride et que vous l'amenez dans votre maison chauffée, elle ne se développera pas... Avec un oeuf, c'est la même chose. En réalité, les insectes se fient surtout à la durée des journées. Le signal d'arrêt ou de reprise de la croissance est enregistré selon la lumière reçue et l'ordre n'est exécuté que plus tard. 
 
Hormis quelques papillons, il est possible en ce moment de croiser d’autres spécimens adultes, comme les punaises (Gendarmes), le Perce-oreille des jardins, le Grillon des champs ou la Coccinelle à deux points. Mais pas seulement.
 
Regardez-bien les interstices des fenêtres. Vous y rencontrerez peut-être la Coccinelle asiatique en hibernation. Considérée comme invasive elle se niche souvent dans les fenêtres pour passer l’hiver. Les méridionaux pourront aussi tomber sur la Chrysope verte, avec sa belle couleur vert fluo d’une quinzaine de millimètres de long, ses ailes transparentes et ses longues antennes. Au-delà de sa beauté, celle qu'on appelle la "demoiselle aux yeux d'or" apporte d’immenses services en se nourrissant d’acariens, de pucerons et autres ravageurs. Les agriculteurs l'affectionnent particulièrement. 
 
 
Chrysope verte
 
 
 
 
 
Coccinelle asiatique 
 
Evidemment les stratégies de survie en hiver diffèrent en fonction des espèces : il n'y a pas de comportement unique chez les insectes. Certains, comme le bourdon Bombus, ne sombrent pas dans une hibernation totale, et peuvent très bien venir butiner quelques fleurs en hiver lorsqu'il fait doux ! Et puis il y a les "sociaux" comme les abeilles domestiques qui n'hibernent pas du tout. Les fêtes de noël se font dans la ruche, et grâce à des milliers de battement d'ailes constants elles parviennent à y maintenir une température de 35 degrés à l'intérieur! Pendant 4 mois elles consommeront tranquillement leur miel au chaud; et pour des raisons d'hygiène, elles retiendront même leurs excréments jusqu'à la prochaine sortie...
 
Enfin, certains adultes, au lieu de se les peler sur nos contrées, partent carrément au soleil. Parmi les rares espèces d'insectes migrateurs, il y a les papillons Belle-dame. L’hiver venu, après avoir traversé la méditerranée pour venir pondre en France, ils migrent à nouveau vers le sud. En plusieurs générations elles sont capables de se déplacer du Maghreb au nord de l'Europe, en franchissant les mers et les cols ! 
 

Chuuut !!

 
Il ne s'agit bien-sûr que de quelques exemples très différents. Mais ils montrent bien que, contrairement à ce qu'on pourrait croire, la nature continue de vivre partout autour de nous. Au ralenti et dans des formes diverses.
 
N'oubliez pas que pour les courageux animaux qui restent sur place entre novembre et mars, la vie n'est pas simple. Ceux qui hibernent ont un sommeil très léger et peuvent se réveiller à la moindre perturbation. Et malheureusement ils se lèvent souvent du mauvais pied...
 
Il arrive, par exemple, que le repos des papillons soit interrompu lorsqu’on les bouscule et même lorsqu'on allume brutalement le chauffage dans la maison. Certains insectes peuvent alors se diriger vers l’extérieur croyant le printemps arrivé. Inutile de préciser que la morsure du froid leur est souvent fatale... Pour les chauves-souris, mêmes dégâts. Un réveil imprévu leur coûte trop d'énergie et peut les tuer sur le coup… 
 
Alors si vous croisez ces animaux pendant les vacances dans un arbre creux, dans votre grenier ou sur le coin d'une fenêtre, observez-les, mais surtout ne les dérangez pas si vous voulez les retrouver tout fringants en 2018. 
 
Bonne année à tous !
 
Hugo.