#Post de l'été / La pie, voleuse et prédatrice ? Eh bien non !

Le 27.07.2015
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Pie bavarde © RSPB.org

J'aime bien être à contre-courant et j'avoue ici apprécier les bavardages des pies. Oui, on a vraiment l'impression qu'elles discutent entre elles, commères de nos jardins urbains. Piqueuses de cerises au printemps dans les arbres fruitiers... sautillant sur les toits... toujours par deux...

Oui mais sont-elles vraiment des mangeuses de petits oiseaux ?

Beaucoup le pensent. S'il y a moins de passereaux, c'est à cause des pies ! La croyance est suffisamment ancrée pour me pousser à écrire ce que François Chiron, notre chercheur d'AgroParisTech travaillant sur BirdLab, a découvert il y a plusieurs années lors de son doctorat en écologie.

© Tatiana Bulyonkova | Wikimedia Commons

Un problème dans les espaces verts

François a travaillé dans le Département de la Seine-Saint-Denis. Les fortes abondances de pies présentes dans la quasi-totalité des espaces verts du département inquiétaient les gestionnaires. « Selon l’avis général, l’omniprésence de la pie est un obstacle au maintien des populations de passereaux et d’oiseaux d’eau en raison de sa trop grande prédation sur les couvées et les nichées ».

Une expérience pour tester

Pour en avoir le cœur net, notre chercheur a créé des « espaces » sans pies pour pouvoir les comparer à des espaces avec pies dans des grands parcs urbains ! Comment ? En capturant pendant trois ans tous les couples de pies venant s'installer dans les territoires dédiés à « être sans pies » lors de la saison de la reproduction (93 individus au total). Je vous rassure, il les relâchait ensuite, mais à plus de 200 km...

Comparaison avec et sans pies

Je vais vous passer tous les détails du protocole expérimental (utilisant tout de même le Suivi temporel des oiseaux communs, le STOC, et le baguage des oiseaux), mais une chose est sûre François a pu comparer la densité des passereaux (adultes et jeunes) en présence et en absence des « vilaines » pies !

Nichée de merle noir © Alain Abbadie | nundafoto.net

Sont-elles si vilaines ?

François n'a décelé aucune différence en termes de nombre de jeunes envolés chez 10 espèces communes d'oiseaux (mésanges, Fauvettes à tête noire, moineaux...) sauf chez la Mésange bleue ! Et il y aurait moins d’adultes de Mésanges à longue queue sur les sites les pies sont présentes. De plus, aucune hausse du nombre de jeunes n'a été notée pour les espèces fabriquant des nids ouverts, notamment le merle, dans les sites il y avait moins de pies, or ce devrait être ceux-là les plus susceptibles d'être « dévalisés ».

Ce n'est pas la faute des pies !

La pie, si elle s'attaque parfois aux petits oiseaux, ne leur fait donc pas subir une pression de prédation capable de les « anéantir » et ce, même lorsque sa présence est importante (ici les tendances de son abondance en France issues du STOC). Pour en savoir plus, la thèse de François est ici.

Prudente la pie !

Enfin, j'ai trouvé cet article scientifique (ici) montrant que la pie n'est pas particulièrement attirée par les objets brillants. Elle serait même très prudente lorsqu'elle rencontre un nouvel objet... Sa réputation de voleuse serait due à quelques humains témoins dont les histoires auraient été transmises oralement et amplifiées au cours du temps...

Je vous souhaite un bel été.

Retour des posts le 17 août !

 

 

 

Pie bavarde  © Peps | zphoto.fr

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Lisa Garnier, le lundi 27 juillet 2015

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Actu BirdLab : François Chiron, nous explique les analyses en cours :


BirdLab : l'analyse de vos données par vigie-nature

‘The thieving magpie’? No evidence for attraction to shiny objects, 2015. T. V. Shephard, S. E. G. Lea, N. Hempel de Ibarra, Animal Cognition.

→ La pie est un Oiseau des Jardins. Pour dire aux chercheurs qu'elle est dans votre jardin, c'est par ici avec la Ligue Pour la Protection des Oiseaux.

© Wikimedia Commons