Quelle biodiversité sur les toits végétalisés ?

Le 02.05.2016
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Toit d'AgroParisTech © Topager

En ces temps de recherche sur la ville de demain liant biodiversité, agriculture et modes de vie durable, je me suis dit qu’il était temps de présenter les travaux de Frédéric Madre, ancien doctorant du laboratoire Cesco et co-fondateur de l’entreprise Topager créée et gérée par des passionnés d'agro-écologie urbaine.

 

De l’entreprise à la recherche

Frédéric, spécialiste de la végétalisation des bâtiments, a démarré une thèse en écologie après avoir travaillé quatre ans dans le secteur privé. « Je voulais approfondir le sujet, qui à l’époque était trop simpliste dans cette branche. Tout ce qui est vert sur un toit n’est pas biodiversité ! Je voulais véritablement comprendre la dynamique de la vie des plantes sur les toits ».

Maison Développement durable © Bernard Fougères | Flickr

 

Un inventaire de la faune et la flore des toits

Il a donc étudié 115 toitures végétalisées réparties dans des régions françaises situées au nord du pays en réalisant des inventaires floristiques et faunistiques et en notant les différentes techniques et d’entretien de chacune d’entre elles.

Un sol et des plantes s’invitent !

Premier résultat : tous les toits végétalisés ne se ressemblent pas ! De la profondeur du sol perché dépend l’habitat associé pour les espèces plantées et les sauvages qui s’y invitent (ici le lien vers l'article scientifique). Frédéric a ainsi déterminé 76 espèces de plantes colonisatrices sur les toits dont près de 90 % avait une origine locale. Malgré leur isolation dans le paysage urbain, les toits verts représentent donc un lieu d’accueil pour les plantes sauvages, notamment adaptée à des conditions chaudes et sèches.

Proposition d'une typologie des toits végétalisés basée sur la structure végétale (extrait de l'article ici).
 

C’est au tour des invertébrés

Second résultat : tout comme pour les plantes, plus le sol est profond sur un toit, plus la diversité en invertébrés, tels qu’insectes et araignées, l’est aussi. Frédéric et ses chercheurs complices, Philippe Clergeau, Nathalie Machon et Alan Vergnes, l’expliquent par l’augmentation du nombre de « couches » de végétation. Les micro-refuges augmentent, les invertébrés qui y trouvent leur logis aussi… attirant par la même occasion les oiseaux.

Le bestiaire

Quelles espèces sont les plus communes ? La coccinelle, le bourdon lapidaire, les fourmis noires et les gendarmes. Plus rarement, on observe des fourmis rouges, des bourdons des forêts et des espèces associées aux dunes, prairies côtières, grèves de galets…Le bord de mer sur les toits….

Bourdons des forêts (Bombus sylvarum)  © Ivar Leidus | Wikimedia commons

La rapidité de la colonisation

« Ce que je trouve surprenant » m’a dit Frédéric « c’est la vitesse de réapparition des espèces spontanées ainsi que de leurs relations. Par exemple, les espèces parasites des insectes arrivent très rapidement à plusieurs mètres de hauteur. Il y a une rapidité d’installation d’un écosystème fonctionnel et d’une chaîne alimentaire associée ».

Et les habitants, comment accueillent-ils les nouveaux venus ?

L’expérience de Frédéric montre que l’on peut lier des recherches sur la biodiversité tout en étant dans une démarche entrepreneuriale. « En trois ans, nous avons réalisé 20 projets dans la région parisienne. Nous continuons à expérimenter sur les façades en y implantant des espèces locales par semis direct dans les fissures, par exemple. Dans le projet Ecoville, nous travaillons sur l’acceptation sociale de la diversité spontanée et locale. C’est plutôt surprenant. Le regard des gens a évolué positivement. Avec un panneau pédagogique, les gens comprennent beaucoup de choses. »

Les légumes cultivés sur les toits sont-ils mangeables ?

« Nos potagers sur les toits montrent qu'il est tout à fait possible de cultiver en ville en réutilisant des déchets organiques urbains et en recréant des sols fonctionnels. Nous réalisons aussi des études sur le transfert des polluants dans les plantes, mais pour le moment, nos résultats montrent que les taux sont bien inférieurs aux normes. » 

Toit d'AgroParisTech © Xavier Remongin | Ministère de l'Agriculture

 

Une trame verte aérienne

« De toute façon, l'objectif n'est pas la production alimentaire. Il faut voir ces potagers comme des espaces multifonctionnels, pédagogiques, permettant aux citadins de prendre conscience des enjeux agro-alimentaires, des saisons, de l'importance de la biodiversité... de créer de nouveaux usages pour les toitures qui deviennent enfin vivantes ! »

Toujours d’actualité, je vous dis !

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Lisa Garnier, le lundi 02 mai 2016
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--> La végétalisation du bâti : support de la biodiversité urbaine? A lire ici
 

--> Un autre article de recherche portant sur le rôle des façades « vertes »
 

--> La cartographie des murs végétaux parisiens par l'Atelier parisien de l'urbanisme (Apur) ici

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