Des rochers, des algues et des mollusques : un suivi du littoral qui marche !

Le 27.06.2016
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Petit Bé à Saint-Malo © Pline | Wikimedia commons

Ce week-end, sur la côte bretonne de Saint Malo, j’observais gibbules, balanes et patelles sur les rochers recouverts d’algues tout en réfléchissant à la manière dont je pourrai vous raconter les complexes relations nouant tout ce joli monde marin….

Saint-Malo © Stéphane Martin | Wikimedia commons

BioLit pour la biodiversité sur les littoraux marins

Je n’avais pas tout à fait pris la mesure de cette vie en quatre dimensions à laquelle s’est attaqué le programme BioLit de l’association Planète Mer voilà quatre ans. La bonne nouvelle, c’est que ça marche !

Les estrans à la loupe

Les scientifiques sont désormais convaincus que les efforts des bénévoles qui recherchent algues et bigorneaux sur les estrans des façades Atlantique, Manche et Mer du Nord permettent correctement de suivre au cours du temps la diversité des mollusques marins.

Quadrat réalisé par un participant à BioLit © Patrice Ollivier

Quatre ans de données

La jeune étudiante Ophélie Silvio, encadrée par les chercheurs Marine Robuchon et Boris Leroy du laboratoire Borea du Muséum national d’Histoire naturelle a en effet travaillé sur 945 observations réalisées de 2012 à 2015 sur 49 estrans de la façade Atlantique pour en étudier la composition des communautés de mollusques (ici son rapport).

Quand la place sur l’estran compte

Sachez d’abord que très schématiquement on peut séparer les mollusques et les algues brunes qui vivent sur les rochers situés en haut et en bas de l’estranEn haut, ce sont les résistantes patelles et monodontes - celles dont la coquille comporte du joli nacre à l’intérieurainsi que les minuscules littorines des rochers.

Tous ces mollusques cohabitent avec des algues brunes comme la pelvétie et le fucus spiralé. En bas de l’estran, les littorines des rochers sont remplacées parles littorines obtuses et fabalis, aux couleurs jaunes-orangées et les gibbules communes. Les algues sont celles qui résistent moins bien à la sécheresse de l’air : les fucus vésiculeux et denté ainsi que l’ascophylle. 

Littorina obtusata © Sergey Yeliseev | Flickr

Quand la densité en algues compte

A partir de ces lignes, attachez-vous bien. Nous pénétrons dans la quatrième dimension marine. Du haut vers le bas de l’estran, nous avons donc différentes espèces d’algues brunes. Ces algues vivent accrochées sur des rochers : elles peuvent donc les recouvrir un peu, pas beaucoup ou complètement. Ce recouvrement n’est pas du tout anodin pour ce qui concerne les mollusques.

Tout en haut de l’estran

Ophélie montre grâce aux données BioLit qu’au milieu des pelvéties, qui recouvrent au moins 5 % de la surface des rochers, la diversité en espèces de mollusques est moitié moindre que lorsque les rochers sont nus. Conclusion : on se bat pour la place dès qu’un peu de pelvétie s’installe.

Gibbule ombiliquée © Fred Lechat | Flickr

Au milieu de l’estran

Un peu plus bas, pousse le fucus spiralé, c’est le contraire. Plus l’algue se montre dominante sur le rocher, plus le nombre d’espèces de mollusques augmente : les mollusques profitent de l’abri des algues à marée basse. Jusqu’à un certain point. Lorsque le rocher est recouvert au trois-quarts par l’algue, le nombre d’espèces de bigorneaux, berniques et autres mollusques diminue.

Tout en bas de l’estran

Enfin, au plus bas de l’estran, la diversité en mollusque est stable quel que soit le recouvrement des rochers par les algues… Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y pas d’interactions avec d' autres espèces comme les étoiles de mer.

© Jean-Pierre Perroud | Flickr

BioLit continue sur sa lancée

Ces résultats ne sont pas complètement novateurs : d’autres chercheurs les ont décrits antérieurement. L’innovation vient du fait qu’ils ont été décrits par un suivi participatif. Montrant que BioLit tient ses promesses scientifiques. « Depuis une vingtaine d’années, nous observons une régression de certaines ceintures d’algues brunes» m’a dit Marine « voire d’un remplacement de certaines espèces par d’autres plus septentrionales qui profitent de l’augmentation de la température des eaux de surface. Le travail d’Ophélie montre que nous pouvons compter sur BioLit pour suivre les effets de ces modifications sur les communautés de mollusques. »

 © saintmalojmgphotos | Flickr

Avant de sauter dans vos bottes ou d’enfiler votre maillot de bain, relisez ce post et celui-là, puis initiez-vous aux joies de la biodiversité marine !

A marée haute, vous aurez tout le temps de vous baigner !

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Lisa Garnier, le lundi 27 juin 2016

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AGENDA

→ Les prochaines sorties et formations de BioLit seront communiquées ici.

Participez à la création de PartiCitaE, l'Observatoire Participatif de l'Environnement Urbain. Comment ? En remplissant d'abord ce questionnaire . Puis en venant nous rencontrer le 30 juin aux ateliers d'été de l'agriculture urbaine et le 4 juillet à l'école thématique sur l'environnement urbain sur le campus Jussieu.

ACTU

190 000 données de Vigie-Nature ont intégré la base de l'Inventaire National du Patrimoine Naturel

Commentaires

Bonjour Monsieur Madic, le

Bonjour Monsieur Madic, le programme BioLit, porté par Planète Mer et le Muséum national d'Histoire naturelle, est justement né ici en Bretagne et avec pour première thématique de suivi les algues brunes intertidales. En 2011, suite à la création du Conseil Scientifique de BioLit regroupant des chercheurs bretons dont l'Ifremer, le MNHN, l'IUEM, la station biologique de Roscoff, le CEVA ..., la problématique d'étude a été posée.Elle s'attache à mieux comprendre l'organisation et le fonctionnement de cet écosystème à macroalgues qui, en 2011 et en certains endroits du littoral breton (et plus globalement sur les facades Atlantique et Manche), connaissait une regression. Dynamique qui s'inverse aujourd'hui puisque les dernières constations rapportées par l'Ifremer tendent à montrer une expansion de la couverture algale sur les estrans rocheux. Par ailleurs, le suivi des macroalgues intertidales est opéré depuis plus longtemps par l'Ifremer à travers le réseau benthique Bretagne : REBENT. Pour revenir sur les causes probables de cette régression, vous citez les patelles comme cause principale.Une étude notamment, menée en 1998, met en évidence les relations complexes qui régissent les successions des communautés sur l'estran en particuliers les relations balanes, patelles, fucales. A cela il faut ajouter à l'échelle de l'Europe l'influence de l'oscillation nord atlantique (NAO), cycle climatique qui régule le climat ouest européen. Ce cycle climatique se caractérise  par des hivers froids et sec, en période négative de l'indice NAO, favorisant la croissance des fucales et, par des hivers chauds et humides, en période positive de l'indice NAO, favorisant les patelles  (plus d'informations ici : www.rebent.org/documents/document.php?g_id_document=269).  Bien entendu ce constat n'est pas totalement valable puisque le CEVA a montré que la dynamique de la couverture algale n'était pas identique en tout point du littoral. Le climat seul ne peut donc expliquer cette dynamique, et il faut donc également faire appel à des forçages locaux (tels que peut-être la modification de la courantologie en zone côtière), aujourd'hui encore méconnus. La question est donc complexe, plusieurs facteurs, biologiques, climatiques mais aussi probablement des pressions exercées sur les estrans influenceraient les dynamiques de croissance et de recouvrement des estrans par les algues brunes.  La communauté scientifique s'y intéresse depuis plusieurs années déja (les suivis REBENT ont pour exemple débuté en 2003). A travers le programme BioLit, le Muséum national d'Histoire naturelle et Planète Mer apportent une contribution à ces connaissances via les sciences participatives. Pour davantage d'informations, vous trouverez les articles du blog dont Lisa fait écho ainsi que le site www.biolit.fr, support du programme Tristan Diméglio - Planète Mer, BioLit

Bonjour, l'observatoire

Bonjour,

l'observatoire BioLit a justement été conçu pour comprendre et suivre la dynamique des algues brunes et des bigorneaux

J'ai écrit plusieurs articles à ce sujet  : 

- Vous ne regarderez plus les patelles de la même façon...

- Le mystère des estrans de la Rochelle

- Entre Terre et mer, des forêts d'algues

Bords de mer : associations et vacanciers parcourent les estrans rocheux pour aider les scientifiques

Bonne lecture !

Bonjour,    Je suis surpris

Bonjour,    Je suis surpris de constater que dans votre présentation vous ne fassiez pas remarquer la raréfaction, et par endroits la disparition totale des algues brunes sur les estrans rocheux en Bretagne. Le phénomène est visible partout mais plus marqué sur la côte sud. Les rochers dénudés n'hébergent plus que des mollusques en grand nombre ; par endroits (baie de Quiberon par exemple) , il n'y a plus que des huîtres, collées au rocher. Les moules sont souvent en très grand nombre, en général de petite taille (sans doute à cause de la surpopulation. Gibbules, bigorneaux et patelles prolifèrent. Tout ce qui est faune vagile, notammment les crustacés, disparait : c'est une véritable catastrophe écologique dont personne ne parle, contrairement à la prolifération des algues vertes sur les estrans sédimentaires;     Mon épouse et moi avons fait une étude sur le sujet ; il apparait évident qu'au départ les patelles sont la principale cause de la disparition des algues brunes. La question essentielle est de savoir quelles sont les causes qui ont provoqué ce déséquilibre entre gastropodes brouteurs et algues brunes.    Vous trouverez cette étude sur le site suivant :          alguesberniques.blogspot.fr.     Nous  vous en souhaitons bonne lecture et nous espérons que des scientifiques en exercice finiront par bien vouloir s'intéresser au problème. Merci.     François Madic.