L’attention à la biodiversité dans la vie quotidienne : cas de l’Observatoire des Papillons des Jardins

Le 02.08.2012
Par: 
Magali Evanno
Catégorie:
Flambé, (Iphiclides podalirius), ©maticg -Deviant art

Les beaux jours sont l’occasion idéale pour reprendre contact avec la nature, se promener, observer…. Et pour cela, pas besoin d’aller très loin, la biodiversité foisonne près de chez soi, dans des espaces dits « ordinaires » : un jardin, un parc, les bords d’un fleuve, une forêt… Avez-vous fait attention aux papillons qui volettent dans les jardins publics ?Alix Cosquer, Doctorante au  Muséum national d’Histoire naturelles’est intéressée ces trois dernières années à la question de l’attention à la biodiversité dans la vie quotidienne en rapport avec sa conservation : en quoi l’expérience de biodiversité dans un contexte quotidien influence-t-elle les connaissances, les attitudes et les pratiques des individus vis-à-vis de la biodiversité et de la conservation ?

 

Les parcs, les jardins, les bords d’un fleuve… sont autant d’espaces dits « ordinaires » ; ils ne bénéficient pas de mesures de protection spécifiques, à la différence des réserves naturelles et des aires protégées par exemple. Pourtant ils abritent des espèces communes (c’est à dire ni menacées, ni domestiquées, ni exploitées) : papillons, abeilles, oiseaux, plantes sauvages… et la diversité de ces espèces garantit le bon fonctionnement de nombreux services écosystémiques (pollinisation, régulation de la qualité de l’air…).

 

Par ailleurs, les espaces ordinaires et les espèces communes entretiennent un lien fort avec les activités humaines, ils constituent une part importante de l’expérience sur laquelle les individus ancrent leur appréciation du vivant. Auparavant peu considérés, leur importance dans des mesures efficaces de préservation de la biodiversité dans son ensemble est aujourd’hui de plus en plus étudiée.

 

Pour répondre à sa problématique, Alix s’est appuyée notamment sur le réseau des OPJistes, à savoir les participants à l’Observatoire des Papillons des Jardins (OPJ), observatoire coordonné par Noé Conservation et le Muséum dans le cadre du programme de sciences participatives Vigie-Nature.

 

Dans le cadre de sa thèse, Alix a ainsi mené plusieurs entretiens avec des participants à l’OPJ volontaires afin de mettre en évidence si la participation à l’OPJ augmente ou non l’attention des individus vis-à-vis de la biodiversité et de sa préservation.

 

Extraits d’entretiens :

 

« En fait, à partir du moment où j’ai regardé les papillons, j’ai appris, je les ai connus, et c’est vrai que je ne savais pas tout ce qu’il y avait comme diversité. Et ça je trouve que c’est une expérience extraordinaire »

 

« On s’est aperçu que les papillons,on les voyait sans les voir.D’habitude, comme ça, on les voyaitmais sans plus, queça faisait partie del’environnement. Et puis làon commence à observer, on essayait d’observer, on s’est pris au jeu. Alors au début c’était un peu difficile, on a acheté des livres très simples (…). Etc’estdevenu un peuun jeu.Et puis qu’on abeaucoup de temps,bon, on le regarde pratiquement tous les jours où on peut observer ».

 

« Le petit dernier qui a cinq ans, c’est pareil, aujourd’hui, maintenant, quand il voit un papillon… Alors, oui, il connaît deux, trois quatre noms. Mais il arrive à les reconnaître. Donc, c’est vachement sympa, quoi ! (…) Avant, quand il voyait un papillon, il disait : « Oh ! C’est un papillon ! ». Aujourd’hui, voilà : « ah, un paon du jour, une piéride, un citron… » (…)Au niveau des enfants, je trouve ça vraiment génial, quoi ! Comme expérience. Je trouve que c’est super enrichissant, on observe la nature… »

 

« Je fais ce que je peux pour les attirer [les papillons]. Ou en tout cas, les garder. Là, cette année, ce qui m'inquiète un peu, c'est que j'ai vu aucune chenille. J'en avais vu au mois de mars, plein de chenilles endormies. Et puis en fin de compte, j'ai pas vu les papillons qui ont éclos. Donc, c'est un peu bizarre. (…) J’ai des petits coins un peu en friche, il y a les orties tout ça où je voudrais retrouver des chenilles. Il n’y a pas une chenille. (…) Donc c'est un peu inquiétant. Et j'ai des radis d'habitude et les piérides comptent là dessus. Là, j'ai des radis qui sont super sains. Donc, bon, j'attends le mois de juillet quoi!»

 

 

« Le fait de voir des papillons, pour moi c’est plutôt rassurant dans mon jardin. Je me dis : bon, si ils se portent bien, c’est quand même que ce qu’on fait va dans le bon sens. »

 

Grâce à ses entretiens, il a pu être mis en évidence une évolution des savoirs et des pratiques dans un sens favorable à la biodiversité. Le rapport à la biodiversité, d’abord encadré par la participation à l’observatoire étudié, initie un processus d’auto-apprentissage où connaissances, affects et pratiques individuelles s’alimentent, pour se diffuser de temps en temps dans la sphère sociale.

 

Enfin, une étude du réseau d’observatoires participatifs Vigie-nature centrée sur les acteurs, et intégrée à une perspective historique du dispositif, a montré que les expériences répétées des individus à la biodiversité peuvent être intégrées dans des dispositifs sociaux. Le dispositif d’observation permet à la fois la diffusion de l’attention à la biodiversité dans des sphères sociales variées et l’instauration d’un dialogue entre divers acteurs.

 

 

Plus généralement, les résultats de la thèse montrent que l’attention des individus à la biodiversité est encouragée par trois conditions :

1.      l’inscription dans un cadre local

2.      une interaction directe

3.      un transfert de connaissances, développé lors de la participation à des expériences d’observation de la biodiversité

 

En conclusion, L’expérience de la biodiversité dans le cadre de la vie quotidienne influence les pratiques des individus vis-à-vis de la biodiversité. Le degré de connaissance du fonctionnement de la biodiversité et des enjeux de sa conservation est lié à la mise en œuvre de pratiques en faveur de la biodiversité. De plus, le caractère direct de l’expérience semble impacter fortement la mise en oeuvre de telles pratiques. Ces résultats confortent donc que c’est l’inscription d’enjeux théoriques ou lointains dans un cadre proche (avec une proximité cognitive, affective ou pratique) qui influence les intentions à agir.

 

Alix a soutenu sa thèse début Juillet, nous lui souhaitons bon vent et encore de belles expériences de la biodiversité !

Et merci à Magali, qui a rédigé cet article ! :)