L’éclairage nocturne plus fort que le béton

Le 05.09.2016
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
La vallée d'Aure dans les Pyrénées © Pierre-Paul Feyte | Flickr

Pour fêter les 10 ans de Vigie-Chiro, la doctorante Clémentine Azam de notre laboratoire Cesco fait un joli cadeau à tous les contributeurs bénévoles fans de chauves-souris.

 

Bravo aux participants !

Son article tout juste publié en juillet 2016 (ici) montre grâce aux données participatives que la pollution lumineuse est une bien meilleur indicatrice des conséquences négatives de nos activités humaines sur les chauves-souris que le bétonnage, lourd processus de transformation des sols. Un résultat qui n’est pas sans conséquences pour les politiques des villes durables.

Sur les routes de France

Clémentine s’est aidée des données patiemment récoltées de 2006 à 2013 sur les routes de France en pleine saison estivale, du 15 juin au 31 juillet (pour un rappel des protocoles scientifiques de Vigie-Chiro, c’est ).

Pipistrelle commune © Adam Walters| Flickr

Les chauves-souris communes de France

De la Corse à la pointe de la Bretagne, les adeptes du 25 km/h en auto ont enregistré sur leurs routes 23 610 «cris» de chauves-souris représentées à 65 % par la plus commune d’entre elles, la Pipistrelle ou Pipistrellus pipistrellus. Quatre autres espèces ont été enregistrées en activité : la Sérotine commune, la Pipistrelle de Kühl, la Pipistrelle de Nathusius et la Noctule de Leisler.

La lumière vue du ciel

Autour des routes étudiées, Clémentine a pu se procurer les mesures de luminance énergétique du satellite Suomi NPP de la NASA qui permettent d’avoir une bonne idée de la puissance de l’éclairage artificiel. Elle a relevé ces mesures à 200, 500, 700 et 1 000 mètres de chacune des routes.

Béton ou grande culture

Ensuite, elle a calculé la proportion de surface bétonnée (bâtiments, routes, parkings) et de surface d’agriculture intensive (céréales, légumineuses, cultures fourragères) aux mêmes distances des routes que précédemment pour étudier comment l’activité des chauves-souris varie en fonction des activités humaines.

Paris, la nuit © NASA 

La grande culture intensive, l’ennemi numéro 1

Résultat, l’agriculture intensive reste à toutes les échelles du paysage (à 200, 500, 700 et 1 000 mètres des routes étudiées) ce qui nuit le plus à nos partenaires anti-moustiques. L’activité des chauves-souris est toujours plus faible dans un paysage les haies ont disparu et l’emploi de produits phytosanitaires est généralisé (ici un article scientifique sur le sujet pour ceux que cela intéressent).

 La comète Panstarrs (C/2011 L4) dans un ciel de Gascogne © Pierre-Paul Feyte | Flickr

Inattendu

« , nous avons été très surpris » m’a dit Clémentine « c’est lorsque nous nous sommes rendus compte que l’artificialisation des sols, qui est communément utilisée pour étudier l’impact de l’urbanisation sur la biodiversité a moins d'effets que l’éclairage artificiel. Toutes les espèces de chauves-souris, même la Pipistrelle commune réputée pour profiter de l’éclairage, sont beaucoup moins présentes à toutes les échelles du paysage lorsque nous éclairons la nuit. Cela n’avait jamais été montré auparavant. Les précédentes études s’étaient concentrées sur des endroits bien localisés. , nous élargissons le phénomène et nous l’étudions sur la France entière. »

Des bébés moins nourris

« Parmi les hypothèses avancées par d'autres chercheurs, l’éclairage nocturne en cette période estivale pourrait agir sur la croissance des nouveau-nés. Il a en effet été montré (ici) que les femelles des colonies retardent de plusieurs heures leur sortie, réduisant ainsi leur temps de chasse. La conséquence étant une diminution de leur masse corporelle. L’alimentation des femelles serait donc perturbée par une désynchronisation de leurs envols nocturnes par rapport au pic d’abondance des insectes. »

Pipistrelle commune © Dietmar nill | Flickr

La ville comme un trou noir pour les insectes nocturnes

Insectes, qui d’ailleurs seraient littéralement absorbés par les lumières des villes tels des trous noirs depuis de longues années. Un phénomène rarement remarqué sauf lors de soirées exceptionnelles comme le fameux soir du match de foot de l’Euro 2016 ici.  

Moins de gîtes disponibles

Enfin, «dans les paysages éclairés, les gîtes de reproduction disponibles pour les colonies diminuent » m'a expliqué Clémentine. « Pour éviter de révéler leurs positions aux prédateurs, les chauves-souris sélectionnent en effet des gîtes obscurs ».

Un cadeau pour les chauves-souris : éteignez les lumières.

Vive la nuit et les étoiles filantes !

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Lisa Garnier, le lundi 29 août 2016

Contact : lgarnier@mnhn.fr

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