Les oiseaux communs sont-ils toujours communs ?

Le 17.10.2016
Par: 
Lisa Garnier
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Pouillot siffleur © Frédéric Jiguet | MNHN

Le 28 septembre 2016, l’Inventaire national du Patrimoine naturel rendait public avec le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature la mise à jour de la Liste rouge nationale des oiseaux nicheurs sur le territoire métropolitain (ici). L’information est presque passée inaperçue.

Chardonneret élégant © J. Laignel | INPN-MNHN

Alerte !

Pourtant, peut-être faut-il le clamer haut et fort : dans cette liste, il y a désormais des espèces communes. Commun au sens du petit Larousse c’est ce qui n’est pas rare, ce que l’on rencontre fréquemment ; abondant ou habituel, répandu, ordinaire, courant.

Linotte mélodieuse mâle © Frédéric Jiguet | MNHN

De commun à vulnérable

Linottes mélodieuse, Chardonnerets élégant, Verdiers d’Europe, Bouvreuils pivoine, Bruants jaune et Serins cini, ces espèces dites communes dont les tendances sont chaque année mises à jour grâce au Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), portent désormais l’appellation « Vulnérables » à l'extinction. Cherchez le paradoxe !

Les granivores disparaissent en nombre

 

« Toutes les espèces de granivores sont touchées » m’a dit Frédéric Jiguet, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle ayant participé à cette mise à jour de la Liste rouge. « Elles ont subi 10 à 12 années catastrophiques. Le Moineau friquet a perdu 60 % de ses effectifs, le Chardonneret et le le Verdier un tiers en dix ans !  »

Moineau friquet © J. Comolet-Tirman | INPN-MNHN

 

Des tendances qui se vérifient

« En 2008, dans la première Liste rouge qui a été constituée, certaines espèces montraient déjà des tendances négatives mais nous n’avions pas encore assez de recul avec le nouveau protocole STOC pour en être totalement sûrs. »

Comment imaginer l’impensable ?

« Et puis intégrer à la Liste rouge des espèces communes posait un véritable problème pour les experts. Je rappelle que parmi les experts sont représentés entre autres la Ligue pour la protection des oiseaux, la Société d’études ornithologiques de France et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage en plus du Muséum. »

Pouillot siffleur © J. Laignel | INPN-MNHN

Les passereaux dispersent peu

« Certains pensaient que des milliers d'oiseaux ne risquaient pas de s'éteindre. Surtout si l’on prenait en compte les populations de ces espèces dans les pays voisins. Elles pourraient toujours revenir en France. Cependant, les passereaux dispersent sur de petites distances. Le pouillot siffleur, c’est seulement entre deux à quatre kilomètres, par exemple. Alors la recolonisation de son territoire ne se fait pas du jour au lendemain et certainement pas depuis l’extérieur de nos frontières ! »

Linottes mélodieuses © Dave Appleton | Flickr 

En hiver, il n’y a plus rien à manger

« Désormais, on a quinze ans de recul avec le STOC et les Atlas des oiseaux nicheurs permettent de faire des comparaisons des aires de répartition des espèces. Lors de cette année de travail, nous nous sommes accordés pour montrer du doigt l’intensification des pratiques agricoles et la régression des prairies naturelles comme les principales causes du déclin de ces passereaux. Les chaumes hivernaux et les adventices disparaissent au profit de cultures intercalaires (détruites au printemps avec de nouveaux traitements herbicides), qui n’apportent pas les graines nécessaires à l’alimentation des granivores en hiver ». Relire aussi Alouette où es-tu ? ici.

 

« Mais ce qu’il y a de plus inquiétant encore, c’est lorsque l'on ne sait pas pourquoi les populations disparaissent : comme c’est le cas pour la Fauvette pitchou. De « Préoccupation mineure », elle est directement passée à « en danger » ayant perdu plus de la moitié de ses effectifs même en région méditerranéenne ! »

Fauvette pitchou © F. Jiguet | INPN

 

Les campagnes se vident. Cela ne doit pas passer inaperçu.

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Lisa Garnier, le lundi 17 octobre 2016

Contact : lgarnier@mnhn.fr

Chardonneret élégant © Frédéric Jiguet | MNHN

Commentaires

Bonjour, nous sommes le

Bonjour, nous sommes le 5janvier 2017 et il n'y a pas d'oiseaux qui viennent manges comme les autre année. Je suis énormément surprise que d'autres personnes me disent la même chose. Pas de mésanges, de pinsson, de verdiers, de gros becs et pourtant dans le département du Doubs il fait très froid. Les autres années il nous faut 200 kg de graine de tournesol et cette année nous en somme qu'à 50 kg et nous sommes déjà en janvier. Pourriez vous me dire la raison de cette situation qui m'inquiète beaucoup. Je vous remercie d'une réponse si cela est possible.

Aucun  chant .Pas un oiseau ,

Aucun  chant .Pas un oiseau , rien dans mon jardin c est d'une tristesse   !!! Que sont ils devenus ces  oiseaux !!?

Pardon, je me suis trompée

Pardon, je me suis trompée dans mon commentaire : même remarques qu'Annette ... et cet automne, les oiseaux sont deux fois moins nombreux que d'habitude. A noter aussi : la raréfaction des insectes de mon jardin : je n'ai jamais vu les lavandes aussi désertes que l'été dernier, les fruits tombés n'ont pas attiré la moindre guêpe ... seules les piérides semblaient se porter assez bien. J'habite dans la Marne (zone de grandes cultures, mais en bordure d'un vaste terrain militaire).

Même commentaire que Nathie

Même commentaire que Nathie de l'Yonne : les oiseaux ont déserté le jardin vers la fin juillet. Actuellement, ils reviennent, mais il y en a moitié moins que les années passées (notamment dans la colonie de moineaux que j'accueille volontiers sous mon toit)

J'ai constaté cette année

J'ai constaté cette année l'absence de Sitelle Torchepot (très présente en 2015)

Tout d'abord, merci d'avoir

Tout d'abord, merci d'avoir prévu une place pour les commentaires. J'habite dans l'Yonne, j'ai un grand jardin pas toujours aussi entretenu qu'il le faudrait. L'été a été un enchantement. Une multitude d'oiseaux venaient gasouiller, ou se baigner dans la mare...Avec ma voisine qui dispose elle aussi d'espace, nous nourissons les oiseaux l'hiver. Ils font la navette entre nos deux "restos". Cependant, à la fin de l'été, tout à coup, nos oiseaux familiers ont disparu. Même la tribu de moineaux, particulièrement nombreuse, car ils ont eu le temps de faire plusieurs nichées, avec la chaleur. Ne pensez-vous pas que, compte tenu de la période chaleur-sècheresse qui a duré de fin juin-début octobre, chez nous, les habituelles plantes à graines ont séché et roti sans donner grand chose ? Les paysans se plaignent que le blé cette année n'avait que de maigres graines inaptes à faire de la bonne farine. Dans ces conditions, les plantes sauvages ont pu manquer de grain, elles aussi et les oiseaux seraient partis ailleurs pour s'alimenter...