Opération Cymbalaire, le temps de la moisson

Le 07.10.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
©Barbara Mai |Observatrice SPIPOLL

En juin 2013, la question « faut-il continuer à se parer de ses plus beaux habits quand personne n’est pour vous regarder ? », en référence à l'Opération Cymbalaire, avait attiré l'attention de beaucoup de lecteurs sur le blog. Cette Opération, animée par le réseau Tela Botanica dans le cadre du programme Sauvages de ma rue, a été lancée en mai 2013. Après quatre mois de récolte de données, et grâce à l'enthousiasme des observateurs de terrain répartis aux quatre coins de la France, la chercheuse Nathalie Machon s'est lancée dans l'analyse de ces données pour en tirer les premières conclusions.

En mai, fais ce qu'il te plaît

Les cymbalaires arborent des fleurs à plus grands pétales lors des premières floraisons au printemps. Et la différence est de taille : quatre millimètres en moyenne entre la mi-mai et la fin du mois d'août. Pour des fleurs dont la longueur du pétale est comprise entre 0,4 et 1,4 cm, le résultat est largement significatif. Est-ce parce qu'elles mettent un maximum d'énergie dans leur reproduction dès le début de la floraison et qu'ensuite, alors qu'elles commencent à monter en graines, elles allouent moins de cette énergie à produire de grandes fleurs ? Possible. Le phénomène est connu pour les plantes à fleurs cultivées en pot, par exemple. Les jardiniers conseillent de couper les fleurs fanées pour « booster » la floraison.

Quelle pollinisation en agglomération?

L’Opération Cymbalaire interroge sur l'investissement des plantes à produire des fleurs pour attirer les insectes pollinisateurs en fonction de leur lieu de vie : en grande agglomération, la densité en insectes est plus faible, est-il rentable pour une plante (en termes de nombre de graines produites) de mettre beaucoup d'énergie à faire de « belles » fleurs aux yeux des pollinisateurs ? Il semble que non. Les cymbalaires poussant en grande agglomération possèdent des pétales de 1,5 mm en moyenne plus petits que celles d'agglomération inférieure à 5000 habitants. Et ce, dès le printemps.

Par quel pollinisateur ?

Notons que la cymbalaire est tout de même pollinisée. Trois collections du Suivi Photographique des Insectes POLlinisateurs (SPIPOLL) le prouvent ! J’y ai comptabilisé 10 espèces d’insectes différents : un bourdon (genre Bombus), quatre abeilles sauvages (une anthidie, une andrène, une halicte, une mégachile), l’abeille domestique (Apis mellifera), des fourmis et un Gendarme (Pyrrhocoris apterus). Une collection intéressante est celle qui a été réalisée au cœur de Paris sur la montagne Sainte-Geneviève : pendant 20 minutes, aucun insecte n'a été pris en photo sur la cymbalaire. Cette donnée d'absence va dans le sens des résultats de Nathalie Machon. Mais avec une seule donnée, on ne peut pas faire de statistiques.

©Prisca | observatrice SPIPOLL                             ©Barbara | observatrice SPIPOLL

Des résultats qui interrogent

Cependant, qui nous dit que c'est bien par manque de pollinisateurs que les cymbalaires ont évolué vers des plantes productrices de petites fleurs ? Et si c'était dû à un manque de nutriments dans les brèches urbaines des grandes agglomérations ? Afin d'en avoir le cœur net, Nathalie Machon se propose de faire pousser, au printemps prochain, au Muséum national d'Histoire naturelle, des cymbalaires dont les graines proviennent de toute la France. En grandissant dans le même environnement, avec les mêmes ressources, ces cymbalaires auront tous les nutriments à disposition pour fabriquer de grandes fleurs. Si des différences de taille de pétales persistent, alors les chercheuses auront mis à jour une évolution du système de reproduction des cymbalaires en fonction de leur habitat probablement en lien avec leur disponibilité en pollinisateurs.

Prêt à sauter dans l'Opération Cymbalaire « graines »?

Audrey Tocco, animatrice de Sauvages de ma rue au sein de l'association Tela Botanica,vous a préparé un guide pratique pour la moisson des cymbalaires : il suffit de cliquer ici. Bonne récolte !

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Lisa Garnier, le lundi 7 octobre 2013

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Commentaires

Bonjour, nous vous remercions

Bonjour,

nous vous remercions de vos encouragements ; l'opération cymbalaire connaitra probablement de nouveaux rebondissements en fonction des résultats à venir ; aussi bien concernant les pollinisateurs que la biologie de reproduction de la cymbalaire.

C'est uniquement à travers ce

C'est uniquement à travers ce type d'expérimentation qu'on peut espérer en savoir plus sur la place des fleurs dans leur cycle de vie. J'espère que l'opération continuera ces prochaines années et nous apprendra encore plus sur la meilleure façon de réinvestir les zones urbaines.

cordialement
Patrick
livraisons fleurs

Bonjour, Je suis ravie de

Bonjour,
Je suis ravie de lire que la collecte réalisée dans Paris présentait un intérêt! C'est une fleur que j'aime beaucoup, au point d'en chiner dans la rue pour en mettre dans mon jardin. Avec grand plaisir d'avoir pu participer à ces observations. A bientôt.