Sciences participatives : pourquoi il ne faut pas se décourager

Le 23.09.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Van Gogh, Le champ de coquelicots, 1889 | Kunsthalle de Brême

«À quoi servent mes données ?» «Est-ce vraiment utile d'envoyer mes relevésOutre Julie, qui était interviewée la semaine dernière sur le blog et qui disait ne pas aimer rentrer ses données sur l'ordinateur, d'autres doutent de leur utilité pour la collectivité des observateurs Vigie-Nature. Certes, qu'est-ce qu'un point de couleurs dans un tableau de Georges Seurat ou de Vincent Van Gogh utilisant la technique du pointillisme ? C'est un point de couleur qui collectivement avec les autres forment une œuvre d'art...

Le problème des chercheurs, c'est que leur œuvre d'art prend un temps fou à se réaliser (lire « observateurs le temps vous donne raison ») et qu'ils ne tiennent pas eux-mêmes le pinceau. Les vrais peintres dans l'affaire des sciences participatives, ce sont les observateurs !

Une œuvre collective

Prenez Vigie-flore dont l'objectif est de suivre l'abondance des espèces végétales les plus communes en France. Ce programme de Vigie-Nature, co-fondé par le Muséum national d'Histoire naturelle et le réseau de botanistes Tela Botanica date de 2009. Il est donc relativement récent. Chaque observateur inscrit se voit attribuer une ou plusieurs « mailles » de 1 km² il s'engage une fois par an à effectuer un relevé floristique. On comprend bien que plus il y a d'observateurs, plus il y a de mailles étudiées, et donc plus il y a de points sur la carte de France l'on connaît les plantes sauvages qui y ont élu domicile.

Une œuvre en construction

La subtilité de l'œuvre Vigie-flore, c'est que les mailles de 2009 continuent d'apparaître en 2010, 2011, 2012 et 2013 au milieu des nouvelles mailles attribuées à de nouveaux observateurs. Mais elles peuvent aussi s'effacer si les observateurs décident de ne pas envoyer leurs relevés.... A l'heure j'écris ces lignes, 1314 personnes se sont inscrites au programme Vigie-flore. Mais seule une petite partie (155 au total depuis 2009, et pour l’instant 83 cette année) a coloré la grande carte de France de leurs mailles végétales pour le moment. Ces personnes sont-elles comme Julie, allergiques à la saisie sur internet ? Sont-elles découragées, ne trouvent-elles pas le temps ? Probable. Cependant, sans leur touche finale, l’œuvre collective engagée n'aura pas la même « valeur » artistique....

Une œuvre qui prend du temps

On parle d'art et de nature mais les sciences là-dedans ? Cette œuvre peut-elle donner des résultats scientifiques ? Oui, mais le programme est encore jeune. Seule la comparaison de mailles sur plusieurs années (l'idéal étant que ces années soient les mêmes) donneront des données robustes à Nathalie Machon et Emmanuelle Porcher, les deux chercheuses spécialistes des communautés végétales du Muséum national d'Histoire naturelle. À titre d’exemple, le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) de Vigie-Nature dont l'échantillonnage « en maille » est similaire est désormais un indicateur de référence sur les populations d'oiseaux en France.

Alors ?

Il ne faut pas se décourager quel que soit le programme Vigie-Nature auquel on participe. A chaque programme, son œuvre en pointillisme !

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Lisa Garnier, le lundi 23 septembre 2013

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