Zoom sur la bave d’escargots

Le 19.08.2013
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
Cochlicella barbara ©Peter Shanks

La bave d’escargots n’est pas un simple ingrédient de sorcière. Fabriquée par une glande à l’avant de leur «pied», et d’une épaisseur de 0,01 à 0,02 millimètres, la bave permet à l’animal de glisser sur le sol grâce à son action lubrifiante. Techniquement parlant, la prouesse est de taille : c’est comme si nous avions besoin de roulettes à nos pieds et que nous passions notre temps à fabriquer ces roulettes pour nous déplacer….Mais nos roulettes auraient aussi la capacité de coller au support! C’est exactement ainsi que fonctionne la bave des gastéropodes – je rappelle qu’ils sont des mollusques et qu’ils rassemblent les limaces et les escargots terrestres et aquatiques. Cette glue surpuissante leur permet de se déplacer à la verticale sur un mur, un tronc d’arbre, une branche, une jeune tige… et parfois, telles des araignées, à suspendre les limaces dans le vide. La bave est aussi dotée d’autres «super-pouvoirs» : armure contre les prédateurs, protection anti-bactériennes, libération dans l’air des hormones du désir … A quand le gastéropode super-héros?

C’est peut-être pour bientôt : un article paru dans Biological Review en 2013 recueille 40 ans de recherche expérimentale et théorique sur la capacité des gastéropodes à « lire » les traces laissées par leur bave ! Les gastéropodes auraient inventés le panneau directionnel avant l’heure. À la manière de «c’est par ici» ou «c’est par », certaines espèces utiliseraient la bave séchée pour reconnaître le chemin de leur «maison» (c’est le cas des limaces), pour retrouver leur lieu d’attroupement (le cas des littorines, des gastéropodes marins), ou pour trouver un partenaire sexuel (comme chez des petites limaces du genre Deroceras).

À ces êtres à qui l’on n’attribue généralement peu d’intelligence, la trace serait donc un moyen de communication. Grâce à leurs antennes ou leurs lèvres, les gastéropodes seraient capables de «lire» les empreintes chimiques de leurs congénères et parfois de leur future proie ! Les escargots prédateurs Euglandina rosea suivent ainsi les traces de leurs proies baveuses… En revanche, les scientifiques planchent encore sur leur capacité à distinguer le sens de la trace : un individu sait il distinguer la direction dans laquelle allait son congénère? Pour certaines espèces, il semble que oui. Mais le procédé de reconnaissance n’est pas très clair. L’information chimique pourrait être agencée d’une certaine façon dans la bave séchée ou les animaux utiliseraient en complément d’informations les molécules émises dans l’air par leurs congénères. De super héros, ils vont devenir intellectuels!

Enfin, certaines espèces suivraient les traces pour ne pas se fatiguer : la trace est déjà faite, pas besoin d’en faire une à côté! Ce serait un moyen d’économiser leur précieuse énergie. La bave coûte cher à l’organisme. Chez la littorine, il faut 35 fois plus d’énergie pour fabriquer du mucus que pour mettre en mouvement les muscles nécessaires au déplacement. Ses propriétés collantes lui viennent de la fabrication de grosses molécules formées de protéines et de sucres, des protéoglycanes. Des molécules qui possèdent la particularité de multiplier leur volume en présence d’eau douce… d’où cette impression désagréable d’avoir encore plus de bave sur les mains après avoir tenté de les rincer.

Enfin, l’article énumère de nombreuses recherches sur les escargots marins. À le lire, c’est à se demander si certaines espèces ne pratiqueraient pas l’alguiculture : en piégeant les algues microscopiques, la bave faciliterait leur croissance pendant plusieurs jours, puis l’animal reviendrait sur ses pas et brouterait sa trace ensemencée d’algues! Pas totalement démontré, il n’empêche que pour certaines espèces de gastéropodes marins, le suivi des traces de bave semble être lié à leur nutrition.

Dommage que sur terre, la bave n’ensemence pas les salades !

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Lisa Garnier le lundi 19 août 2013

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Bibliographie :Snails and their trails: the multiple functions of trail-following in gastropods. 2013. Ng et al. Biological Reviews.