Comment les papillons de vos jardins sont liés aux prairies, forêts et bords des champs qui les entourent

Le 09.11.2015
Par: 
Lisa Garnier
Catégorie:
© Mickael Muller | Flickr

Novembre, la bonne époque pour faire le point sur la saison des papillons des jardins qui s'achève. J'ai une bonne nouvelle pour les participants à l'Opération Papillons : un nouvel article scientifique vient de paraître grâce à leurs observations !

Merci pour ces chiffres inestimables

20 640 en tout ! 20 640 observations réparties dans 920 jardins avec 220 133 papillons comptabilisés depuis 2006 ! Ce bel échantillon, qui ne représente qu'une partie de l'ensemble des données envoyées par les participants, a permis à Théophile Olivier, assistant chercheur dans notre laboratoire CESCO, d'étudier le rôle de la composition du paysage qui entoure les jardins sur la richesse et l’abondance des communautés de papillons.

Le « classement » des espèces de papillons

Théo a d'abord classé les papillons selon leur préférence d'habitat : prairies, bordures de champs cultivés et lisières forestières. En parallèle, il a aussi créé trois groupes d'espèces selon leurs capacités de dispersion. Ces distances sont celles que les papillons sont capables d'effectuer pour se reproduire après leur émergence au stade adulte. Les espèces dites « peu mobiles » se dispersent dans un rayon de 200 mètres, les espèces « moyennement mobiles » se dispersent entre 200 et 500 mètres, tandis que les espèces « très mobiles » peuvent aller au-delà d'un demi kilomètre.

La Belle-Dame, papillon migrateur © atreb | Spipoll

Comment agissent les villes sur les papillons

Le résultat clé de Théo, qu'il partage avec nos deux spécialistes du laboratoire, Benoît Fontaine et Reto Schmucki (lire aussi Que se passe-t-il dans le monde autour des papillons ? Retour sur le « salon » international des lépidoptéristes), est que les papillons qui pâtissent le plus de l'urbanisation sont les papillons des prairies, les moins aptes à se déplacer du fait de leurs petites tailles. Suivent ensuite les papillons des lisières de forêts, puis ceux des bords des champs.

Il faut des jardins « connectés »

« Les préférences d’habitat et les capacités de dispersion des papillons sont intimement liées » m'a dit Benoît. Quant à Reto, il a bien insisté sur le fait que « l’urbanisation affecte la qualité et la distribution des habitats potentiels dans le paysage. Par conséquent, elle a un effet plus important pour les espèces qui se déplacent sur de courtes distances. Un jardin génial mais isolé reste un potentiel inexploité pour ces espèces. A moins, qu'il ne soit relié à d'autres jardins grâce à des corridors de dispersion. »

Pantouflard ou voyageur ?

La mobilité des papillons est donc fortement liée à leurs préférences d'habitats. Ainsi, les espèces des prairies sont-elles plutôt casanières et les espèces des bords de champs, des aventurières, capables de parcourir plusieurs kilomètres pour découvrir un nouvel habitat propice pour se reproduire et pondre. Quant aux papillons des lisières, et bien ce sont des « entre-deux », des spécialistes du demi-fond.

Pour les intéressés, voici ce que cela donne.

Les papillons des prairies du genre casaniers :

les Hespéridés , le Souci (Colias croceus), le Cuivré (Lycaena phlaeas), la Mégère (Lasiommata megera) et l'Ariane (L. maera), le Procris (Coenonympha pamphilus), le Myrtil (Maniola jurtina), le Demi-deuil (Melanargia galathea), certains Lycènes bleus (Lycaenidae).

Demi-deuil © jfcth | Spipoll

 

 

 

Les papillons de bordures des champs, grands voyageurs :

les Piérides (Pieris sp., Euchloe sp.), la Petite Tortue (Aglais urticae), le Paon du jour (Inachis io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Belle-Dame (Vanessa cardui).

Le Souci © Joaquim Coelho | Flickr

Les papillons des lisières forestières, les « ni trop loin, ni trop près » :

le Flambé (Iphiclides podalirius), le Machaon (Papilio machaon), l'Aurore (Anthocharis cardamines), le Citron (Gonepteryx rhamni), le Tircis (Pararge aegeria), l'Amaryllis (Pyronia tithonus), le Tabac d'Espagne (Argynnis paphia), le Petit Sylvain (Limenitis camilla), le Sylvain azuré (L. reducta), beaucoup de Lycènes bleus (Lycaenidae).

Le Machaon © Les herbets | Spipoll

En ville, c'est la jungle aventurière

En ville, ce sont donc les papillons aventuriers faits pour le voyage qui s'en tirent le mieux. Pour les maintenir, je vous conseille de planter un pied d'ortie ! Puisque Petite tortue, Paon du jour et Vulcain viennent y pondre (lire aussi Est-ce que les orties des jardins profitent aux paons du jour ?).

Pour les papillons de prairies, laissez pousser les herbes folles et tondez une fois par an, plutôt en fin de saison. Tous les participants à l’Opération Papillons vous diront : Merci !

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Lisa Garnier, le lundi 09 novembre 2015

Pour s'abonner au blog, cliquer sur lgarnier@mnhn.fr

 

Butterfly assemblages in residential gardens are driven by species’ habitat preference and mobility. Théophile Olivier, Reto Schmucki, Benoit Fontaine, Anne Villemey, Frédéric Archaux, Landscape ecology, vol 30, November 2015.

 

Une fois n'est pas coutume, je cite les remerciements des chercheurs pour les participants à l'Opération Papillons :

« We thank all the volunteers who spend time recording insects in their gardens and uploading their observation data. We also thank Noe Conservation, which support and feedback the volunteer network and without whom this work would not have been possible. »

Nous remercions aussi l'observateur Jean-Pierre Leroux qui a réalisé une vidéo pour bien différencier les papillons orangés. Un outil pratique pour le printemps 2016 !

 


Papillons - identification par jplx44

AGENDA

→ Comment le suivi des libellules peut aider à la gestion conservatoire ? Une journée d’échanges pour les gestionnaires d’espaces et animateurs de sites Natura 2000 en France métropolitaine (individuels, associatifs ou professionnels) est organisée le lundi 16 novembre au MNHN avec le suivi temporel des libellules. Pour s'inscrire, contacter Anne-Laure Gourmand, responsable du pôle gestionnaires d'espaces à Vigie-Nature.

Le 28 novembre 2015, Natureparif invite tous les naturalistes (botanistes, ornithologues, entomologistes, herpétologues...), amateurs ou professionnels de la nature en Île-de-France, à participer aux Rencontres Naturalistes franciliennes. Toutes les infos sont là.

Commentaires

Bonjour, merci de votre

Bonjour, merci de votre commentaire. Il me permet de rebondir sur l'utilisation d'une moyenne de papillons par jardin. Cette mesure n'est pas celle qui intéresse les scientifiques parce qu'elle ne donne aucune information : ce qui est important ce sont les variabilité des situations. Dans la moitié des jardins, il peut y avoir un seul papillon par an et dans l'autre moitié, 51. Les scientifiques vont se demander pourquoi. Qu'est-ce qui fait que dans certains jardins, les personnes observent un grand nombre de papillons de différentes espèces en même temps et dans d'autres, très peu ?  "La réalité est compliquée" m'a expliqué Benoit Fontaine.  "On a des jardins avec 0 papillons, d'autres avec 150, d'autres avec 10, d'autres avec 70, bref plein de situations différentes, que nous avons mis en relation avec les caractéristiques environnementales et qui permettent de comprendre ce qui a un impact sur les communautés de papillons". Théo a ajouté "Le protocole d'Opération Papillons ne compte aussi que le nombre max de papillons vu ensemble dans un mois. Ce qui ne donne pas le nombre de papillons total vu dans un jardin par mois". Bien cordialement,

Bonjour,  Ce qui fait au

Bonjour,  Ce qui fait au total 26 papillons par an et par observatoire ! On ne peut pas dire que c'est beaucoup... Bien cordialement