A quelle heure faut-il éteindre les lumières en ville ?

Le 08.02.2016
Par: 
Lisa Garnier
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© Pierre Augustin | Flickr

Alors que le rouge-gorge chante sous son lampadaire urbain en pleine nuit, je me demande si la douceur des températures actuelles agit sur le comportement des chauves-souris en hibernation...

Les chauves-souris et la lumière

Le lampadaire, lui, agit de fait sur leurs comportements en plein été. Clémentine Azam, doctorante dans notre laboratoire Cesco, a pu le démontrer avec l'équipe « chauves-souris » du Muséum, Christian Kerbiriou, Jean-François Julien, Yves Bas et Isabelle Le Viol (ici le lien vers l'article).

Que se passe-t-il lorsque l'on éteint la lumière ?

Clémentine a même été plus loin. Elle a étudiée le comportement des chauves-souris lorsque les communes éteignent leur éclairage public durant la nuit. Parce que l'on peut raisonnablement penser que si cette mesure apporte des économies d'énergies (de 20 à 40 % selon les communes), elle doit aussi profiter aux mammifères volants.

Enregistrement comme dans Vigie-Chiro

A l'aide d'Arthur Vernet, Laura Plichard et Julie Maratrat du parc Naturel régional du Gâtinais Français, Clémentine a pu enregistrer les ultra-sons des chauves-souris en zone éclairée, non éclairée et partiellement éclairée (jusqu'à minuit et à partir de 5h du matin) dans cinquante communes localisées dans le Parc du 1er Mai au 28 Août 2014.

Murin à oreilles échancrées © François Schwaab

 

Huit espèces de chauves-souris

Puis grâce au logiciel SonoChiro©, qui classe automatiquement les cris d'écholocation, elle a déterminé les huit espèces présentes sur le territoire du Parc. Sans surprise, la Pipistrelle commune a tenu le haut de l'affiche. Le groupe des murins - dans ce groupe, il est difficile de préciser les espèces - et la Sérotine commune ont ensuite été les espèces les plus enregistrées. Elles ont été suivies par la Pipistrelle de Kuhl, les Noctules (commune et de Leisler) et enfin la Pipistrelle de Nathusius et le groupe des oreillards.

Attirance lumineuse

Concernant la chauve-souris la plus fréquente, la Pipistrelle commune, l'éclairage agit tel un aimant : ses chasses y sont deux fois plus fréquentes que dans les zones non éclairées et éteintes une partie de la nuit. Chasseuse rapide, elle doit y trouver ses proies facilement. Pour les chercheurs, cette stratégie peut n'avoir qu'un temps. En attracteur d'insectes, la ville peut s'avérer un immense piège et réduire les populations à long terme, ce qui pourrait être dommageable pour la pipistrelle et d'autres espèces.

Nombre de passages de la Pipistrelle commune. La même lettre (a) signifie que le résultat est identique © Clémentine Azam | MNHN

Les réfractaires et les « indifférentes »

Les murins, en revanche, se montrent réfractaires à l'éclairage. Et l'effet subsiste même lorsque l'on éteint partiellement les rues. Pour la Pipistrelle de Kuhl, les chauves-souris chassent autant c'est éteint et c'est éclairé. Pour Clémentine, cela montre pour cette espèce ainsi que la Pipistrelle de Nathusius et la Noctule de Leisler présentant des résultats similaires, que l'extinction des feux s'effectue à une période de faible activité. En outre, ces espèces sont connues pour sortir au crépuscule.

Nombre de passages des Murins et de la Pipistrelle de Kuhl. La même lettre (b) signifie que le résultat est identique © Clémentine Azam | MNHN

Ceux qui profitent de l'éclairage-extinction nocturne

Enfin, les oreillards ont créé la surprise. Ce sont eux qui profitent le plus de la politique énergétique des communes. Ils chassent plus significativement les lumières s'éteignent. Ils profiteraient des insectes « groggy », immobiles sur le sol ou les parois des maisons, récupérant du trop de lumière. Des proies faciles en somme.

Nombre de passages des Oreillards. La même lettre (a) signifie que le résultat est identique © Clémentine Azam | MNHN

 

L'intérêt pour les chauves-souris ? 

Conclusion, la période d'extinction des lampadaires entre minuit et 5 heures du matin n'a pas grand intérêt pour les espèces de chauves-souris. Peut-être en a-t-elle pour d'autres espèces ? Je n'ai pas trouvé d'articles à ce sujet. En revanche, certaines villes décident de couper l'électricité sur certains tronçons d'autoroutes ou de voies rapides la nuit : cela réduit le nombre d'accidents de la route !

Alors quand faudrait-il éteindre ?

Pour l'équipe « chauves-souris », éteindre avant 11h serait une bonne solution. Notamment dans les zones de promenades, le long des rivières, les parcs. Cela permettrait un compromis entre les rues éclairées et les zones vertes. Dans la politique de la trame verte et bleue, on ajouterait une trame noire. D'ailleurs, j'ai trouvé une formation par l'Aten à ce propos « Intégrer la Trame noire dans son projet Trame verte et bleue ».

 Tout un programme !

Oreillard © Veljo Runnel | Flickr

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Lisa Garnier, le lundi 08 février 2016

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→ L'article de Clémentine Azam a fait l'objet de deux articles dans la presse ici et .  

 → ici le site NuitFrance de Romain Sordello, référence du centre de ressources du Ministère de l'écologie (MEDDE) au Service du Patrimoine Naturel avec des chiffres sur les communes éteignant la nuit.

→ Profitez en pour vous inscrire à Vigie-Chiro ! C'est ici.

–> Les 4 saisons du jardin bio ont cité l'article sur les chauves-souris paru en octobre 2015. Merci ! 

AGENDA

--> Le vendredi 12 février 2016, Cathy Biass-Morin, directrice des Espaces verts de la Ville de Versailles sera à la Maison des acteurs du Paris durable de 17:30 à 19:30 pour parler de la Gestion écologique des espaces verts urbains. C'est avec Natureparif. Toutes les infos ici !