Gilles Boeuf, Président du Muséum national d’Histoire naturelle, répond à nos questions sur la publication des premiers résultats du SPIPOLL

Le 19.09.2012
Par: 
Community manager de Vigie-Nature
Catégorie:
Gilles Boeuf - Président du Muséum national d’Histoire naturelle

Cette semaine, dans la revue scientifique PLOS ONE parait un article dont les résultats sont intégralement tirés du SPIPOLL, Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs, observatoire du programme de sciences participatives Vigie-Nature du Muséum, associant chercheurs, entomologistes amateurs et professionnels. A cette occasion, le Professeur Gilles Boeuf, Président du Muséum national d’Histoire naturelle, répond à nos questions.

- C’est le premier article scientifique basé sur les données collectées dans le cadre du SPIPOLL. En quoi cela revêt-il une importance particulière ?

Un peu plus de deux années se sont écoulées depuis le lancement de cet observatoire participatif et cette publication confirme l’intérêt fort d’une collaboration entre entomologistes, tant amateurs que professionnels. Les articles scientifiques, de nos jours, passent à travers un processus de révision extrêmement exigeant. Un collège de scientifiques n’accepte la publication qu’après une relecture critique très approfondie, seule garante du sérieux de la revue. Un tel article, dans un journal aussi prestigieux que PLOS ONE, consacre en quelque sorte la démarche du programme SPIPOLL. La parution de cet article est donc presque aussi importante, symboliquement, que les résultats qu’il met à jour.

- Une telle publication, dans ce cas, entrainera-t-elle l'arrêt du scepticisme exprimé par certains scientifiques lors du lancement du SPIPOLL ?

D'une certaine manière, je ne le souhaite pas ! Je m'explique : scepticisme, doute et questionnement constituent des piliers de la démarche de la recherche scientifique, maintenant la science à l'écart de toute dérive dogmatique. Il faut donc espérer au contraire que ces premiers résultats soient remis en cause, c’est-à-dire approfondis, ouvrant ainsi de nouvelles pistes de recherche. J’invite d’ailleurs mes collègues les plus sceptiques à se pencher sérieusement sur ces données et pourquoi pas, à participer à cette aventure !

- Les programmes participatifs peuvent-ils être considérés comme un nouveau modèle scientifique ?

Ce type de programme se montre parfaitement complémentaire à d’autres, plus fins et à plus petites échelles. Là où le SPIPOLL apparait unique pour mettre en évidence patterns ou mécanismes à grande échelle des espèces les plus communes, assurant l’essentiel de la fonction de pollinisation, d’autres approches et d’autres outils sont nécessaires pour appréhender la diversité locale dans ce qu’elle a de plus complexe. Le SPIPOLL permet donc l’ascension d’un versant jusque-là peu exploré de l’écologie. En effet, accéder à ce type d’information en à peine trois ans de collecte de données n’est possible que dans le cadre d’un effort collectif très important. Imaginer récupérer un tel volume d’informations sur une telle couverture dans un cadre strictement professionnel relève de l’utopie, tant en termes de forces vives qu’en termes financiers. Les « professionnels » ne peuvent être partout tout le temps ! Pour conclure, je salue donc bien entendu encore le travail fourni par les auteurs, chercheurs et entomologistes, mais aussi et surtout l’effort collectif de tous les participants. Je note d’ailleurs avec plaisir, pour avoir visité le site du SPIPOLL, qu’un esprit d’émulation et d’enthousiasme anime la communauté des " Spipolliens ". Je leur souhaite donc de continuer à s’émerveiller du monde fascinant des insectes pollinisateurs et de faire des émules.
S’il y a aujourd’hui tant d’espèces sur les continents, par rapport aux océans, c’est très probablement lié à la co-évolution fleurs-pollinisateurs, encore une belle histoire d’amour !

 

Liens

  • Lire l'article en ligne : Deguines N, Julliard R, De Flores M, Fontaine C (2012) The Whereabouts of Flower Visitors: Contrasting Land-Use Preferences Revealed by a Country-Wide Survey Based on Citizen Science. PLOS ONE, 20 septembre 2012

 

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