Vigie-Chiro

Suivre les populations de chauves souris en France

La France compte 34 espèces. Parmi celles-ci, certaines sont globalement présentes sur l’ensemble du territoire comme la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) ou la Sérotine commune (Eptesicus serotinus) tandis que d’autres présentent une distribution limitée en France comme le Murin de Capaccini (Myotis capaccinii) présent seulement dans la région méditerranéenne, ou le Murin des marais (Myotis dasycneme) qui n’est observé que dans les départements du Nord Est de la France.

Pipistrelle en plein volChristophe Rousseau]

Cependant les connaissances des distributions de nombreuses espèces restent lacunaires dans la plupart des régions. Ceci s’explique notamment par leur discrétion, la difficulté de les étudier et l’évolution régulière des connaissances. Ainsi la Pipistrelle pygmée (Pipistrellus pygmaeus) n’a été décrite qu’au début des années 1990 et le Murin d’Alcathoe (Myotis alcathoe) au début des années 2000 !

Certaines espèces rares font déjà l’objet de dénombrements réguliers notamment en hiver (comptage des individus dans leurs gîtes). Ces suivis montrent que dans le cas l’on dispose de données chiffrées sur le long terme, la plupart des espèces sont considérées comme en déclin.

A l’inverse, les espèces communes, réparties sur tout le territoire, sont souvent moins grégaires et occupent un grand nombre de gîtes dispersés aussi bien dans des milieux naturels que très anthropisés. Pour la majeure partie d’entre elles, leurs gîtes étant difficiles à suivre, la tendance des populations est inconnue. Le suivi des chauves-souris communes, proposé dans le cadre de Vigie-Nature, repose sur un suivi des chauves souris lors de leurs activités de chasse. Il apparaît donc complémentaire des études développées sur les gîtes des espèces patrimoniales.

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Leur cycle de vie est relativement complexe

En hiver, lorsque la température extérieure devient fatale aux insectes, elles hibernent soit isolément, soit en groupe, dans des cavités (grottes, ponts, souterrains, arbres creux, ...) qui présentent des caractéristiques d’humidité et de température propres à chaque espèce. Généralement ces sites d’hivernage ont comme caractéristiques d’être des milieux tamponnés qui leur garantissent une température positive (8 à 10° en moyenne) et une hygrométrie suffisamment importante pour éviter le dessèchement de leur membrane alaire. Au cours de l’hivernage, leurs fonctions vitales se ralentissent, leur température interne baisse jusqu’au niveau de la température ambiante, leur permettant ainsi, en limitant leurs dépenses énergétiques, de survivre à la disette.
Au printemps, leur reprise d’activité s’accompagne d’un transit vers leurs gîtes d’été et leurs terrains de chasse. A partir de mai, les femelles se regroupent en nombre plus ou moins important selon les espèces pour la mise bas. Les femelles gestantes colonisent des endroits chauds, calmes et sombres comme par exemple des arbres creux, des greniers, des ponts ou des grottes. Dans ces gîtes de mise bas les femelles donneront naissance à leur unique petit de l’année, parfois à des jumeaux.

Dès l’émancipation des jeunes et avant le déclin des populations d’insectes à l’automne, les deux sexes se retrouvent pour l’accouplement qui peut avoir lieu dans divers sites selon les espèces : gîtes de mise-bas, d’hibernation ou transitoires (swarming). Puis commence leur transit vers les sites d’hibernation. Si l’accouplement a eu lieu à l’automne, le développement embryonnaire ne démarre cependant qu’au printemps chez la quasi-totalité des espèces. Car les femelles conservent le sperme dans leurs voies génitales et l’ovulation et la fécondation ne se déclenchent qu’à la fin de la léthargie hivernale. Après environ deux mois de gestation, le jeune naît en début d’été, à une période où abondent les insectes.

La faible fécondité est compensée par une longévité très importante. La dynamique de population repose donc essentiellement sur la survie des adultes ce qui rend les chauves souris moins sensibles aux phénomènes climatiques exceptionnels qui pourraient affectér ponctuellement la production de jeunes comme par exemple un début d’été froid, pluvieux et donc pauvre en insectes. Si cette stratégie de reproduction (survie adulte forte, fécondité faible et maturité sexuelle relativement tardive (à l’âge de deux ans et plus) leur confère donc une relative protection contre certains aléas climatiques, elle induit également de faibles capacités de renouvellement des populations. En d’autres termes, une population fortement affectée par la mortalité brutale de nombreux adultes aura des difficultés à retrouver rapidement son niveau d’origine. Cette stratégie rend donc les chauves souris particulièrement fragiles aux agressions et perturbations telles que la disparition de leurs gîtes, la destruction et la dégradation de leurs habitats, l’emploi massif d’insecticides, l’accumulation des métaux lourds dans la chaine alimentaire.