Le programme Vigie-Nature

 

Vigie-Nature est un programme de sciences participatives qui consiste à suivre les espèces communes (faune et flore) à l'échelle nationale, grâce à des réseaux d'observateurs volontaires.

Vigie-Nature en quelques points

- Des suivis à large échelle et à long terme des espèces communes, grâce à des réseaux d’observateurs volontaires qui participent à la collecte de données dans toute la France, à partir de protocoles simples et peu contraignants.

- Des partenariats entre des associations qui animent les réseaux d’observateurs et le Muséum national d’Histoire naturelle, qui assure l’analyse des données récoltées.

Des suivis de différents groupes indicateurs (oiseaux, chauves-souris, plantes, escargots, papillons, pollinisateurs sauvages) qui permettent de documenter des indicateurs régionaux de biodiversité, actualisés chaque année, comparables d’une région à l’autre, directement dérivés des indicateurs adoptés par la France et par l’Europe, auxquels ils contribuent. 

 Vigie-Nature a un objectif,  répondre à des questions essentielles sur la biodiversité ordinaire, qui représente la majeure partie, en biomasse, de la faune et de la flore de notre territoire :

- Qu’en est-il de l’évolution quantitative de notre faune et de notre flore commune ? Au-delà des espèces menacées (qui font l’objet d’autres études), quelles espèces augmentent en fréquence ou au contraire tendent à diminuer ?

- Comment les espèces communes réagissent-elle aux différentes pressions d’origine humaine (fragmentation croissante des milieux, intensification ou déprise agricole, urbanisation) ?

- Quel est l’impact des changements climatiques sur ces espèces ?

- Notre faune et notre flore communes sont-elles sujettes à une homogénéisation croissante, autrement dit un déclin général des espèces spécialistes au profit de quelques espèces généralistes ? Cela a déjà été observé chez les oiseaux et les papillons, reste à analyser d’autres groupes, comme la flore, les chauves-souris, les escargots.

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Pourquoi des observatoires de biodiversité ?

Pour freiner l’érosion actuelle de la biodiversité, il nous faut 1- d’abord décrire les changements qu’elle subit, c’est-à-dire suivre, et analyser, les variations dans la structure et dans le fonctionnement des éléments qui la composent. 2- Il s’agit ensuite de comprendre les mécanismes de ces variations, et de déterminer l’effet des différentes pressions exercées par les sociétés sur la biodiversité, qu’elles soient directes (ex. pratiques agricoles, changement d’usage des terres) ou indirectes (ex. changement climatique). Il est également important d’évaluer l’efficacité des différentes politiques en réponse à ces pressions (protection des espaces, changements des pratiques agricoles)...

Il est essentiel de prendre en compte dans ces analyses l’ensemble de la biodiversité (et pas seulement les espèces menacées). En effet c’est bien la biodiversité dans son ensemble qui est confrontée à l’impact croissant des sociétés humaines sur la biosphère et aux changements globaux, et doit donc être l’objet de l’attention des scientifiques.

De l’abondance des espèces à la caractérisation des communautés

La biodiversité n’est pas seulement composée d’espèces juxtaposées, mais de communautés, qui sont des ensembles d’individus de différentes espèces interagissant sur un même site.

 

De la biocénose aux groupes fonctionnels

Au sein d’un écosystème, plusieurs types de communautés sont à considérer. La communauté la plus complète est la biocénose, qui rassemble tous les individus de toutes les espèces de l’écosystème. Pour comprendre la dynamique de la biocénose, il est nécessaire d’étudier des communautés situées à un niveau plus fin d’intégration, comme les groupes fonctionnels. Ceux-ci rassemblent des espèces ayant une fonction comparable au sein d’un écosystème, et répondant de manière comparable aux facteurs environnementaux (ainsi, au sein de la végétation, on peut distinguer espèces ligneuses et herbacées).

Etablir les variations de composition en espèces de ces différentes communautés doit permettre de déterminer à la fois leur diversité et leurs caractéristiques fonctionnelles, donc d’examiner les variations de fonctionnement des écosystèmes (par exemple la diminution de spécialisation dans les communautés, qui entraîne une moindre diversité à l’échelle des paysages, et sans doute une moindre productivité).

Des dispositifs de suivi de la biodiversité

Les dispositifs de suivi mis en place dans le cadre de Vigie-Nature visent à échantillonner un grand nombre de sites répartis sur un vaste territoire. Notre ambition est d’atteindre une grande puissance d’observation, comparable à ce qui existe dans le domaine du climat ou de l’économie. Il s’agit de caractériser l’état et la dynamique de la biodiversité, dans l’ensemble des régions, départements, cantons, voire communes. Grâce à des suivis à large échelle spatiale et temporelle, Vigie-Nature pourra explorer les corrélations entre les variables biologiques collectées (composition des communautés) et d’autres types de variables (température, degré d’urbanisation…).

Quelles variables mesurer ?

Afin que les analyses spatiales et temporelles aient un sens, les variables collectées sont choisies pour être porteuses d’informations significatives sur l’état de la biodiversité : ce sont d’abord l’identité et l’abondance des espèces, d’autres variables descriptives état intéressantes (phénologie…).

Comment mesurer les variables ?

Enfin, pour que ces analyses soient efficaces, les données sont collectées selon un protocole standardisé, respecté sur l’ensemble des sites suivis et maintenu au fil du temps. La loi des grands nombres fait le reste : la puissance et la précision des analyses augmentent avec la quantité de données collectées, tandis que les incertitudes liées au hasard s’estompent.

Les observatoires participatifs

Dans cette optique, Vigie-Nature s’appuie sur des réseaux d’observateurs volontaires, répartis sur l’ensemble du territoire en France métropolitaine. C’est donc un observatoire participatif. Les protocoles sont conçus pour être adaptés aux compétences des observateurs, et pour comporter les caractéristiques suivantes (tableau 1) :

Caractéristiques du protocole Apports scientifiques
Grand nombre de sites échantillonnés Évaluation de l’impact de facteurs corrélés dans l’espace
Suivi régulier dans le temps Évaluation de l’impact de facteurs corrélés dans le temps (variations climatiques, pratiques humaines…)
Standardisation des méthodes Comparaison des caractéristiques des communautés dans l’espace et dans le temps (phénologie, abondances des espèces avec un effort normalisé d’observation)
Grand nombre d’espèces suivies Identification des mécanismes impliqués, par comparaison des espèces selon leurs caractéristiques écologiques, évolutives

Tableau 1. Conditions optimisant les possibilités d’analyse scientifique des données issues des observatoires participatifs

En résumé, s’il met en œuvre :

- un vaste réseau d’observateurs

- un plan de recherche bien conçu et clairement expliqué aux observateurs- Quelles variables mesurer ? Quand, comment et pourquoi ?

- un protocole de collecte simple et précis, répété dans le temps

Un observatoire participatif permet une analyse approfondie des variations spatiales et temporelles de la biodiversité sur l’ensemble du territoire exploré.

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