Les résultats marquants

Quand les Belles-dames dévoilent quelques uns de leurs secrets…

La Belle-dame est une espèce migratrice qui vit et se reproduit en Afrique du Nord. Au printemps elle remonte vers le Nord de l’Europe pour donner naissance à sa descendance. Elle montre ainsi suivant les années de fortes variations de populations liées aux conditions météorologiques et aux parasites dont l’abondance varie également. Les données recueillies depuis 2006 grâce aux observateurs mettent en évidence ces variations. Ainsi, on constate que 2006 et encore plus 2009 ont été des « années à Belles-dames » contrairement à 2007 et 2008. Après une année exceptionnelle en 2009, 2010 a été de nouveau une année les populations de Belles-dames ont été beaucoup plus modestes (10 fois moins nombreuses). Par contre, 2014 a été à nouveau une année extrêmement favorable aux Belle-dames. Ces résultats montrent la pertinence d’un tel dispositif de suivi à long terme

Papillons des villes, papillons des champs ? Quelles différences ?

Les données de l’Observatoire montrent que les populations de papillons en ville ne sont pas les mêmes qu’à la campagne. En effet, certains papillons sont beaucoup plus rares en ville que dans les jardins de la campagne alentour, comme le Demi-deuil, l’Amaryllis ou le Myrtil.

D’autres tolèrent bien la ville, comme les Piérides, le Tircis, ou, cas extrême, le Brun des pélargoniums que l’on rencontre surtout en milieu urbain. Entre ces deux extrêmes, des espèces comme le paon du jour, le vulcain ou le flambé sont plus fréquentes à la campagne, mais on les rencontre parfois jusqu’au cœur des villes.

Pour tenter de comprendre qui explique les différences de sensibilité à l'urbanisation selon les espèces, les scientifiques du Muséum qui traitent ces données, se sont intéressés au régime alimentaire des papillons adultes : pourrait-il expliquer la présence de certains papillons en ville, si ceux-ci savent profiter des fleurs ornementales qui y sont présentes ?
L’opération de l’été 2008 « Fleurs à Papillons » a permis de tester cette hypothèse. Cette opération proposait aux observateurs de l’Opération papillons (anciennement Observatoire des Papillons des Jardins) de photographier et d'identifier des papillons posés sur des fleurs et d’envoyer leurs photos au Muséum, afin d’étudier les préférences alimentaires des papillons. Près de 4 000 photos ont été envoyées de plus de 120 espèces de papillons et presque 300 espèces de plantes. L’étude des photos récoltées pendant cette opération, couplée à l’analyse des données de l’Opération papillons a révélé des résultats inattendus.

Il a été montré que les espèces de papillons sont attirées différemment par les plantes exotiques (c’est-à-dire des plantes non originaires d’Europe occidentale, en général des plantes ornementales) et par les plantes indigènes (plantes poussant naturellement en Europe occidentale) : certaines espèces préfèrent nettement les plantes exotiques. Il était attendu que les papillons amateurs de nectar de plantes exotiques soient plus nombreux en ville, zone riche en plantes ornementales. L’analyse de l’ensemble des données de l’Observatoire montre qu’il n’en est rien : certains papillons préférant les plantes exotiques, comme le Tabac d’Espagne, le Silène ou le Citron et qui pourraient donc trouver une nourriture abondante en milieu urbain, font partie des espèces qui évitent les villes ! Au contraire, certains papillons parmi les plus tolérants à la ville comme le Brun du pélargonium ou le Tircis préfèrent les pâquerettes au Buddleia (l'arbre à papillons, originaire d'Asie du Sud-Est).

Ce n’est donc pas la disponibilité en ressources alimentaires pour les papillons adultes qui gouverne la présence de ces papillons en ville. Cela ne semble également pas le cas pour les ressources alimentaires des chenilles, car la plupart des espèces étudiées ont des plantes hôtes pour les chenilles largement présentes en ville (ortie, graminée, plantes de la famille du choux notamment). D’autres facteurs doivent donc être recherchés : l'hypothèse privilégiée est que la quantité d'habitat et les connexions entre ces habitats (possibilité pour un papillon de se déplacer) ne sont pas suffisantes en ville. Les déplacements des papillons sont alors limités, et cela empêche la persistance des espèces les plus sensibles. Autrement dit, la composition en papillons serait un bon indicateur du fonctionnement de la trame verte urbaine.